Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Bac Films
L'Egypte était belle, ouverte, L'immeuble Yacoubian était peuplé de gens fortunés...Les temps ont bien changé ! Marwan Hamed avec son adaptation d'un roman à succès nous amène vers une interrogation qui est la suivante : comment l'Egypte en est-elle arrivée là ? Pour nous aider à réfléchir, il met en scène plusieurs histoires avec des personnages très différents les uns des autres mais qui se retrouvent tous sur certains points (recherche de stabilité, de pouvoir).
Des films choraux, on en voit de plus en plus ces derniers temps et pas toujours pour notre plus grand bonheur. Que l'on se rassure de suite : l'immeuble Yacoubian n'est pas du tout un film chiant (il tient même admirablement le spectateur en haleine pendant trois heures) et vu son sujet on aura pas droit à un Fauteuils d'Orchestre bis. Parmi la gallerie des personnages proposés :
-le fils d'un pacha qui aimerait bien lui aussi en être un mais qui passe son temps à picoler et se faire des prostituées, une attitude qui horripilera sa soeur déjà assez cinglée. Le faux pacha se retrouvera alors expulsé de chez lui.
-un homosexuel peu sympathique qui drague de jeunes métis en les faisant boire. Une image peu réjouissante de l'homosexualité , voire même assez dure.
-Une jeune femme à la recherche d'un emploi et son petit ami qui rêve de devenir officier. Ce dernier se fera refouler car son père est portier (!) et tombera petit à petit dans un mouvement obscur. Sa compagne fuira , trouvera un emploi mais sera rapidement harcelée sexuellement.
-Un homme lassé de sa femme avec qui il ne partage plus une vie sexuelle trépidante et qui en cachette se trouve une nouvelle femme qu'il paye. Il aspire également à être dans la politique.
Vous l'aurez compris : en Egypte c'est pas la joie ! Durant tout le film, on ressent l'opposition entre le bien et le mal et une omniprésence de la religion. Cette religion semble être souvent suivie de la manière la plus hypocrite qui soi ou mène carrément au fanatisme ou au péché. Ainsi, on réalise progressivement qui au fond est bon ou ne l'est pas. Chose importante quand on sait que les "mauvais" connaitront un bien triste sort.
Si on voulait critiquer l'immeuble Yacoubian, on pointerait du doigt son côté assez moralisateur, certaines ficelles assez grosses et quelques scènes un peu faciles. Nous ne sommes pas face à un long métrage parfait mais force est de constater que la mise en scène est des plus agréables et que les acteurs sont tous parfaits. Et puis, si l'on va au cinéma c'est souvent pour être touché, pour rigoler, pour réfléchir et c'est exactement le cas avec cette oeuvre. Avec un nombre de jolies scènes qui se compte par dizaines et une certaine maitrise, le réalisateur nous livre un grand film. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne tombe pas complètement dans le manichéisme et offre un spectacle intense et juste. En terminant le film sur une note d'espoir il nous fait même voir un peu plus "La vie en rose".