Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Zootrope Films
C'est l'histoire d'une projection dans un cinéma. Au début, il y a une centaine de personnes dans la salle. A la moitié du premier court métrage , Cutting Moments, ça se bouscule à la sortie. Pour la suite de la trilogie il ne restera qu'une petite dizaine de courageux. L'histoire, c'est celle de spectateurs étant venu voir Family Portraits, trilogie américaine glauque de Douglas Buck qui sonde le malaise américain d'une manière des plus explicites. La gallerie des personnages exposée dans ces 3 "oeuvres" a un thème fédérateur : la dépression dans les petits quartiers pavillonaires.
Dans le premier chapitre, Cutting Moments, on a affaire à une totale "desperate housewive". Long diner à table où personne n'a rien à se dire, un mari qui ne semble plus avoir aucune émotion, qui reste indifférent à tout et à tout le monde, un enfant qui se plonge dans le jeu pour ne pas observer le malaise ambiant qui règne dans sa maison et surtout une mère de famille en plein malaise. Elle essaie de séduire à nouveau son homme en se maquillant et en enfilant une robe rouge mais rien n' y fait : il s'en fout. Cette scène où elle reste plantée devant lui, nerveuse, avec son rictus de dépressive est un des moments les plus pathétiques et douloureux que l'on a pu voir au ciné depuis des années. Ces personnages sont arrivés au point de non retour. Loins de leurs noces, ils vivent une routine aussi chiante que glauque. Face à la déprime constante, la femme prend l'initiative de se mutiler. Et attention, le réalisateur ne fait pas dans la demi-mesure! Elle se découpe les lèvres aux ciseaux avant de se brouiller la machoire avec un peigne. Ca pisse le sang, les spectateurs sont en plein traumatisme et réalisent qu'ils ne sont pas prêts d'oublier ce film. D'autant plus que la suite sera pire avec coupage de seins et de sexe en couple au programme. Cutting Moments est un moment très fort de cinéma qui pousse l'horreur du quotidien à son paroxysme. C'est cruel, violent, dérangeant mais c'est un cri du coeur qu'il faut saluer pour son intensité.
La suite de la trilogie de Douglas Buck est moins intense. Le deuxième chapitre, Home, reprend les ingrédients de son prédécesseur et parait un peu gratuit. Le prologue enfin ,qui est pour sa part un moyen métrage, dévoile une nouvelle facette glauque d'une Amérique désespérée mais dans un registre plus fin. L'horreur visuelle finit par laisser place à des crimes voilés tout aussi macabres. L'image est poisseuse au possible , les protagonistes n'ont plus aucune étincelle de vie à l'intérieur d'eux, la souffrance nous éclate en pleine face, les acteurs nous troublent. Family Portraits est une expérience éprouvante et marquante qui divisera sans aucun doute les cinéphiles. Sans le coeur de la trilogie on aurait pu toucher au grandiose, on ne retiendra au final qu'un nouvel arrivant dans la catégorie "films chocs" avec un talent prometteur mais non exempt de maladresses.