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Crédit Photo : Studio Canal
En voilà un synopsis pas facile à faire ! De quoi parle INLAND EMPIRE ? Le film débute avec un tourne disque et l'annonce de "AXXON N" (et non pas "that song" dans la traduction ratée française) , la chose la plus répétée de l'histoire. AXXON N ça sonne d'ailleurs comme "Action" et ça tombe bien puisque le film parle beaucoup de cinéma, de Hollywood. On enchaine directement sur une des premières scènes du film : une prostituée qui fait sa première passe. Elle ne sait pas comment faire, son visage est flouté. Puis vient la partie où joue Laura Dern. Elle se présente sous les traits de Sue, une actrice bourgeoise mariée à un type louche et possessif. Un jour, Sue reçoit la visite d'une vieille dame inquiétante qui fait l'amalgame entre le passé et le futur. Elle lui apprend qu'elle va décrocher le rôle pour l'audition qu'elle vient de passer. Sue a du mal à y croire mais cela va bel et bien arriver. Dès le départ, Lynch joue avec le temps, et le titre du film tourné dans INLAND EMPIRE en est plus que révélateur puisqu'il s'appelle "No more blue tomorrows".
Le spectateur n'est pas trop paumé au début, il comprend ce qu'il se passe: on a une actrice qui doit être plus ou moins liée à la prostituée des premiers plans, l'actrice est en tournage , elle rencontre Billy un acteur séducteur. On apprend que le film est un remake d'un film maudit, le film 47, 47 comme la porte de la chambre de la prostituée. Tiens donc... Tout va bien jusqu'à ce que le rapprochement entre Sue et Billy s'effectue. Là on se perd un peu dans les différents espaces et univers temporels. On découvre des passages du premier film maudit, des passages avec des prostituées de l'Est, des bouts de Sue paumée dans son tournage et des scènes d'hommes lapins dans une sitcom complètement dingue, sorte de parodie du cinéma de Lynch lui-même où chaque protagoniste lapin se balance des répliques absurdes en provoquant les rires inquiétants d'un public fantome. Jeux de mirroirs, répétition à gogo non fortuites, personnalité multiple.

Sans plus aucun repère, le spectateur se retrouve face à deux options : il peut essayer de tout comprendre, de vouloir rationnaliser : il prend le risque donc de s'arracher les cheveux. Ou il peut simplement suivre le conseil du cinéaste qui est de ne pas avoir peur de se perdre dans ce fantastique labyrinthe cinématographique. Et choisir la deuxième solution vous donnera un plaisir étrange. En effet, on a beau ne pas tout comprendre, se perdre, le spectacle est là : déroutant mais toujours passionnant. Sans trop savoir pourquoi, on a peur, on rit, on est ému et face à l'impressionnant jeu de Laura Dern il est difficile de ne pas se laisser tenter. Véritable expérience de cinéma dans un univers atypique et époustouflant de grandeur , fenêtre ouverte sur l'oeuvre lynchienne, INLAND EMPIRE est aussi éprouvant que fascinant. Une fois sorti de la séance on se sentira libre, car c'est bien un cinéma libre que prone le réalisateur à travers la prison mentale projetée à l'écran. Certains lui reprocheront l'utilisation de la DV qui troublera les amateurs de ses précédents films souvent ultra léchés. Toujours est-il que cette DV rend l'atmosphère du long métrage encore plus intense, dérangeante, proche du réel alors que l'on nage en plein délire sensoriel.
Est-il vraiment possible de percer le mystère de INLAND EMPIRE ? Chacun tentera de le faire à sa mesure et remplira les blancs avec son imagination, son savoir, sa vision du cinéma ou de la vie. Sommes-nous face à l'histoire d'une actrice qui s'imprègne trop de son personnage au point de se perdre et tomber dans la schizophrénie? Car après tout, les prostituées jouent elles aussi un rôle et quand on y réflechit bien on peut comprendre qu'être actrice ou pute c'est la même chose : toujours simuler, se perdre, un travail sur le mental.Ou bien peut être est-ce l'histoire de la prostituée du début qui est la vraie heroine, celle qui fantasmerait sa vie réelle en film et qui chercherait à exorciser ses vieux démons. Et puis cet "AXXON N" qui ressemble au mot "Action" , ne nous mettrait-il pas sur la piste du cinéma et de ses dégats ?

Au fond, peu importe le sens tant l'expérience est intense et belle. Plongés dans INLAND EMPIRE, ce coin sombre de Hollywood où les prostituées divaguent au sol, le spectateur est embarqué dans un ailleurs. Pendant près de 3h Lynch réussit l'exploit de nous emmener d'un point A à un point Z, de nous faire quitter le monde réel. Il a réussi le pari de ne plus faire que du cinéma mais de faire de l'art. Et comme toute forme d'art, cela prête déjà à controverse, cela divise les opinions. Une chose est certaine : cela fait longtemps que l'on ne nous avait pas proposé une telle aventure dans une salle obscure. INLAND EMPIRE est donc sans conteste un à voir. Prêts à vous perdre ?