Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Fox
Seule, assise à son bureau, Barbara (Judi Dench) écrit son journal, ses chroniques. Barbara est une vieille dame solitaire, plus par dépit que volontaire. Froide, mal aimée mais respectée des collègiens de son école, elle mène une vie vide de sens. Mais elle observe, elle écoute. Réfugiée dans ses écrits, elle se sent dotée d'un pouvoir inégalable : celui d'écrire pour soi, d'être libre de déverser toute sa haine, d'étaler tout son cynisme. Chronique d'un scandale s'ouvre sur cette bigotte vacharde qui prête à rire par ses répliques assassines. On nous montre que l'écriture est le moyen pour elle d'exister, de se sentir apte à juger, de susciter de l'intérêt. Car nous partageons ses pensées, c'est comme si elle nous les lisait. Aigrie et austère, cette vieille fille partageant son foyer avec son chat n'est pourtant pas dénuée d'émotions. Elle va même carrément craquer pour une nouvelle institutrice : Sheba (Cate Blanchett).
Sheba parait douce , peut être niaise, se dit Barbara au début. Elle est mariée, semble mener une vie idéale et riche. Un jour, elle est mise en difficulté et se retrouve impuissante face à deux élèves qui se bagarrent. Grâce à son autorité, Barbara va lui sauver la mise et trouver ainsi le prétexte idéal pour faire amie-amie. Le spectateur suit alors la construction d'une amitié somme toute assez banale. Mais le personnage de Barbara ne l'entend pas de cette façon. Chaque moment passé avec Sheba est sublimé dans son journal. Elle critique sa vie, ces gens qui l'entourent, elle vante les bienfaits de leur relation. On aurait pu assister assister à un film sur une amitié entre deux femmes d'âges opposés, au gout à la vie qui reviendrait à Barbara. Mais il n'en sera rien. Car un beau jour de malchance, notre mémé torturée surprend Sheba en plein adultère. Et pas avec n'importe qui : avec un jeune élève d'une quinzaine d'année. L'affaire se corse... Barbara va alors se servir de ce secret pour rendre Sheba dépendante d'elle et essayer de tourner leur relation vers l'aspect fusionnel qu'elle désire emprunter depuis si longtemps.
Chronique d'un scandale est un film plutôt malsain, archi cynique et franchement tordu. D'un côté, Judi Dench est fantastique en vieille psychotique, de l'autre Cate Blanchett, au top de son capital séduction, campe à merveille une femme perdue dans ses désirs, déprimée par le fossé entre ses rêves et sa vie réelle. Les personnages s'exposent sans jugement et la relation "quasi pédophile" trouble particulièrement. La musique en fond traduit l'état d'exaltation ou de tension et maintient un rythme haletant pendant toute la fiction. On rit souvent grâce aux pensées de Barbara, on se délecte de la détresse touchante de Sheba mais il faut avouer qu'ici le plaisir coupable est poussé à l'extrême. Voyeuriste, magnifiant la manipulation, cette oeuvre pourra agacer comme fasciner. Le pari du divertissement est en tout cas hautement relevé. Un divertissement joyeusement vicelard.