Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Tamasa Distribution
Nicolas (Kolia Litscher) a 14 ans et vit dans une famille d'accueil. Et pas n'importe quelle famille : un couple agé qui vit dans un espace réduit. Sa vie, c'est l'ennui. Il dort, il tourne en rond, écoute sans écouter les discussions et reproches de ses parents de substitution. L'austérité est de mise. Au collège, ça ne va pas fort non plus : le garçon a de serieux problèmes d'ortographe, ne s'investit pas énormément et risque de redoubler. Un jour, il tombe par hasard sur un livre dans lequel il y a une carte postale de Belle-Île-en-Mer. Pour une fois, Nicolas décide de partir à l'aventure. Il veut atteindre la mer, pique de l'argent à ses vieux, prend son sac et c'est parti pour faire du stop sur l'autoroute ! Après une longue nuit de voyage, il s'arrête à Nantes. Il traine dans la rue et croise par hasard le chemin d'une jeune fille qui a plus ou moins son âge. Elle l'invite chez elle, dans sa caravane. Elle, c'est Charly (Julie-Marie Parmentier). Une prostituée. Ils vont apprendre à vivre ensemble pendant deux semaines. Deux semaines pour se découvrir et pour Nicolas de réaliser son passage de l'enfance à l'adolescence.
Tourné en 15 jours, avec une caméra DV, Charly a un côté cheap. Si vous voulez de la fiction avec une photographie supra-léchée, il faudra repasser. La caméra tremblotte, capte le quotidien, filme les personnages le plus près possible. Isild Le Besco a le goût de l'aventure et des expériences humaines et a décidé pour son deuxième long-métrage de nous en faire partager une bien belle. Elle s'attarde d'abord sur son petit frère qui joue Nicolas (Kolia Litscher). Dur de définir ce personnage : comme lui fait remarquer Charly, il ne peut s'empêcher de répondre "Je sais pas" à tout. C'est un peu un légume, ce jeune homme. Il parle à voix basse, articule pas très bien, est renfermé, timide, perdu dans son petit monde. Son quotidien chez sa vieille famille d'accueil est très austère et pas forcément agréable à suivre pour le spectateur. La réalisatrice filme l'ennui et on le ressent, c'est sûr. Mais dès lors que Nicolas fugue , l'oeuvre devient diablement plus intéressante et accessible.
, le film, c'est le cinéma du ressenti. Un peu comme tous ces films asiatiques qui sont de plus en plus nombreux à débarquer dans nos salles et à disposer de silences qui sont censés en dire long. Ici cela fonctionne et Le Besco nous fait ressentir tout un tas d'émotions. On a l'impression d'avoir nous aussi pris notre sac à dos et d'être parti avec elle et son acteur, à l'arrache. On ressent le trajet de nuit, l'ambiance particulière du jour qui se lève dans une ville que l'on ne connait pas, la magie d'une rencontre hasardeuse. Et quelle belle rencontre que celle de Charly ! Petit bout de femme qui crie , qui a l'obsession de l'ordre dans sa petite caravane. Julie-Marie Parmentier apporte beaucoup de souffle à ce projet intimiste. Elle prête à merveille ses traits à ce personnage de jeune fille prostituée qui a accepté son sort et n'a que pour unique but de survivre, et survivre bien.
Aucun pathos, beaucoup de justesse. Le rapport Nicolas-Charly touche et comporte son lot de scènes assez magiques. Charly apprend ainsi à son nouvel ami à ranger une pièce, à nettoyer une table, lui explique les règles de base relatives à l'entretien quotidien d'un foyer. Nicolas est un assisté, il ne semble jamais avoir rien fait de concret, d'adulte. Face à une fille dont on a volé l'innocence et qui est contrainte de vivre comme une grande, il va devoir s'adapter. Voilà un exemple de scène réussie. Il y en a beaucoup d'autres.

Très jolie rencontre adolescente, pleine de sincérité et sans aucune prétention : Charly est un petit film d'auteur tout à fait recommandable. Attention toutefois : si vous êtes allergiques au jeu d'Isild, vous aurez sans doute beaucoup de mal avec celui de Kolia qui s'en rapproche assez. Mais surmontez vos préjugés et vous découvrirez avec plaisir une première oeuvre prometteuse.