Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédits Photos : UGC
Le film s'ouvre sur le personnage de François, petit garçon qui observe sa maman, Tania (Cécile de France), s'apprêtant à plonger et faire quelques longueurs. Tania est filmée avec envie. La façon dont son corps s'anime, illuminé par le soleil a quelque chose de presque indécent. Dès les premiers plans , Claude Miller joue avec le titre de son film. On sait qu'il y a un secret mais on ne sait pas vraiment de quoi il s'agit. Les premières scénes sont ainsi assez bizarres, en retenue, mystérieuses. Il se passe quelque chose dans ce monde coloré et parfait. Le petit François évolue sous le regard bienveillant de sa mère et de l'amie de la famille, Louise (Julie Depardieu), sorte de seconde mère pour lui. Mais les rapports au père sont complexes. Le père, c'est Maxime (Patrick Bruel), peu expressif et jamais satisfait de son gamin. Il y a une tension évidente, des non-dits qui pèsent un peu de partout. Et surtout, quelque chose se passe dans la tête de François. Il s'est imaginé un frère imaginaire qui est tout son inverse. Comprendre par là que son faux frère ,lui, satisfait les attentes du père et est doté d'un courage, d'une audace que ne possède pas François. Le double imaginaire n'est pas le bienvenu dans la famille du petit garçon. Il ferait peut être même ressortir de douloureux souvenirs...Plane également le thème du double. Double mère (Tania et Louise), double fils (le vrai et l'imaginaire), double chien ( la peluche symbolique et celui qui va surgir dans les années 80). Et cela continuera plus tard : double amour, double identité à cause de la guerre, confrontation entre réalité pure ou rêvée (lorsque François imagine naïvement l'origine de son existence avant de découvrir la vérité).
Le commencement d'Un secret laisse un sentiment mitigé. Si Claude Miller sait jouer la carte du suspense et instaurer une tension particulière, les nombreux artifices qu'il prend plaisir à utiliser sont d'un kitsch assez déconcertant (les apparitions du frère imaginaire, les ralentis à outrance, les effets de montage déjà ringards). Ce côté artificiel et maladroit gâche le plaisir. Et puis, soudain, le film bascule (une fois de plus maladroitement avec un passage au noir et blanc et avec des effets de maquillages grossiers pour montrer le temps qui passe dont on se serait bien passés). Le secret va être dévoilé, laissant le personnage de Ludivine Sagnier entrer dans l'histoire. Dès lors, les artifices sont oubliés pour plonger le spectateur au coeur de l'enfer de la seconde guerre mondiale.

Le thème est usé, surtout du point de vue des juifs. Mais Miller ne sort jamais trop facilement les violons et permet à son long-métrage de trouver son style. Les amours explosent, les secrets se révèlent, les plans se font de plus en plus beau. Et surtout, tous les acteurs excellent. Patrick Bruel a rarement été aussi bon, Cécile de France est fabuleuse dans la peau d'un personnage complexe, Ludivine Sagnier joue à merveille un personnage bouleversant, Julie Depardieu est toujours touchante et se révèle être un second rôle de premier choix (comme pour le dernier Téchiné) . Le récit se fait plus complexe, les personnages deviennent bien plus consistants qu'on aurait pu l'espérer. Particulièrement ceux de Tania et Hannah, ambivalents et troublants. On oublie les débuts difficiles et on se plonge dans l'intrigue. C'est un régal, c'est maitrisé et bien interprété (superbes seconds rôles pour Amalric et Nathalie Boutefeu). Le long-métrage rétro et formaté qu'on attendait est finalement bien plus cruel et riche que prévu. Agréable surprise. On regrettera pour la peine cet épilogue, cheveu sur la soupe qui gâche légèrement l'intensité dont le spectateur a été témoin plus d'une heure durant.
Loin d'être parfait, Un secret est un film pourtant bel et bien réussi notamment grâce à une construction du récit judicieuse et des interprètes épatants. A voir.
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