Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Solaris Distribution
Etienne (Carlo Brandt) arrive avec sa femme et son fils en Ardèche et trouve rapidement un travail. Quelle chance dans notre société où il est si difficile de gagner sa vie rapidement ! Le problème c'est que son boulot n'est pas franchement facile, pour ne pas dire horrible. Chaque jour ,avec la femme de son patron Chaumier (Niels Arestrup) , Etienne doit masturber tout un élevage de dindons Douglas. Le but est de prendre leur sperme et de l'inséminer chez les femelles afin de booster la production. Quand la femme d'Etienne découvre ses occupations, au début cela la fait rire. Mais plus le temps va passer, plus ce nouveau travail va le passionner et faire basculer sa vie privée dans une situation de crise. Entre deux masturbations animalières, notre ami va livrer des oeufs chez une vieille dame, Anna (Dora Doll). Celle-ci va rapidement devenir sa confidente et conseillère. Car Etienne a besoin de partager avec quelqu'un ce qu'il vit au quotidien. Chaque jour, bien que son travail lui plaise, il assiste à toutes sortes de violences. Les pauvres dindons sont effectivement très mal traités, le patron Chaumier ne faisant pas dans le sentimentalisme. Cette violence dont sont victimes les animaux va bientôt , comme un coup du sort, retomber sur les êtres humains qui évoluent à leurs côtés.
Le thème est glauque et les scènes de masturbation de dindons filent franchement la nausée. La part animale n'est pas un joli petit film divertissant dont on ressort indemne. C'est plutôt un film inquiétant, fiévreux. Sébastien Jaudeau filme sans tabous le quotidien de cet élevage et le triste sort des dindons. Les animaux ne sont que victimes. Parfait exemple : lorsque Chaumier découvre que sa femme le trompe , tout ce qu'il va trouver à faire c'est de pendre ses deux chiens. A force d'être plongé dans le milieu de la production animalière, Chaumier est devenu un homme froid, qui ne considère plus les animaux que comme des machines, des produits. Mais l'homme au fond n'est-il pas aussi un animal ? Petit à petit, Jaudeau dresse le parallèle Hommes/Animaux. Les deux sont bestiaux (scènes de sexe), les deux sont prédisposés à souffrir et à être victimes des autres. A force de contrôler la sexualité des dindons Douglas, de les contraindre à forniquer contre leur grès, les éleveurs vont être eux-mêmes déréglés sexuellement. Etienne va arriver à un point où il ne fera pratiquement plus l'amour avec sa femme, la femme de Chaumier va le tromper avec un homme incapable de l'aimer...Ca se trompe,ca se ment, ca se manipule. L'être humain normalement se distingue des bêtes par sa capacité à réflechir et à ressentir toutes sortes d'émotions. Mais cloitrés dans leurs environnements glauques, les personnages vont progressivement se renfermer et être perdus face à leur identité.
Le réalisateur filme la cruauté, les êtres qui se déchirent, la solitude. Les personnages sont riches et interprétés avec force par des acteurs très convaincants. L'Ardeche est très joliment mise en scène avec des plans d'une grande beauté et La part animale peut en plus se targuer de disposer d'une véritable ambiance. Une ambiance glauque, inquiétante, mystérieuse, qui fait que ce long-métrage lorgne parfois du côté du cinéma de genre. Au regard quasi-documentaire du cinéaste s'ajoute une photographie étonamment léchée. Un bel emballage pour un récit triste. Il est difficile de résumer, de mettre dans une case cette oeuvre audacieuse et inspirée. Certes, parfois on pourrait penser que c'est un peu prétentieux (la voix off à la fin est un peu "too much") mais pour un premier film, l'audace est généralement de bon augure. Nous souhaitons à Sébastien Jaudeau d'avoir l'occasion de continuer à fare des films et de nous raconter d'autres histoires aussi inattendues et passionantes que celle-ci.
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