Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Bac Films
Un soir à Lille, Vigo (Jonathan Zaccaï) et Sylvain (Gilles Lellouche) taggent le mur de l’entreprise qui les a licencié suite à un plan social. Ils sont énervés, ils ont bu, mais Vigo prend tout de même le volant.
Il s’amuse à rouler à toute vitesse sur une route isolée de son enfance. Pas de chance : il déquille au passage un passant. L’homme est mort. Que faire ? Appeler la police, fuir ? La découverte d’un sac de deux millions d’euros à côté du mort va faire pencher la balance vers le côté obscur. Vigo et Sylvain se débarassent du corps et s’apprêtent à entamer une vie plus confortable. Quelque part ,dans la même ville, une petite fille attendait désespérément l’arrivée de son papa. Il devait ramener une rançon de deux millions d’euros pour la sauver d’un ravisseur. Et oui : l’homme renversé était le père de la petite fille en détresse. Pour la peine, elle a été assassinée et sa dépouille a été travaillée pour la faire ressembler à une poupée. Chantage qui a dérapé ou émergence d’un nouveau psychopathe ?
La police locale mène l’enquête , l’équipe accueillant depuis 6 mois une jeune recrue : Lucie (Mélanie Laurent). Celle-ci, en plus de faire tourner la tête ,sans le savoir, de son collègue Moreno (Eric Caravaca), s’avère particulièrement douée pour faire avancer les enquêtes criminelles. La torture, les enlèvements, les crimes liés à l’enfance : ça la passionne. Lucie est une fille bourrée de talent et promise à un radieux avenir dans la police mais elle semble pourtant cacher quelque chose. Qu’y a-t-il dans la tête de cette solitaire, mère célibataire de deux petites filles ?

La chambre des morts s’ouvre sur une petite fille qui va voir sa mère se faire assassiner par un homme très vilain. La fillette est traumatisée. Noir et blanc de mise pour traduire que cela s’est passé il y a quelques temps. De suite on comprend que l’enfance sera au cœur du film. Aussi, on sent la menace que constituent les hommes. Lucie, la profileuse, a eu deux enfants toute seule. Sa mère n’a pas de mari et Lucie ne voit pas d’un très bon œil les mâles qui lui tournent autour. De plus, à son travail, Lucie doit faire face à quelques discrimations bien machistes. Le film d’Alfred Lot a donc des allures d’œuvre un peu féministe. Pas trop quand même : si les hommes sont un danger, cela est lié à un traumatisme de l’enfance en général.
Ce qui saute aux yeux, c’est que le scénario est extrêmement dense et travaillé. Alfred Lot gère bien les différents parallèles scénaristiques. La chambre des morts n’est en effet pas un banal film policier qui se concentre sur une enquête : la condition des femmes, les traumatismes de l’enfance, le chômage…nombreux sont les sujets évoqués avec une certaine subtilité. Autre point fort : un casting tout simplement parfait. Gilles Lellouche et Jonathan Zaccaï s’en sortent très bien, Erica Caravacca est mignon comme tout, et tous les seconds rôles sont intéressants et bien joués. Et puis, surtout, il y a Mélanie Laurent. Une fois de plus elle crève l’écran par son jeu naturel et généreux. C’est avec elle que le film s’envole, c’est grâce à elle qu’on peut être touché par l’histoire. Oui, Mélanie Laurent parfois en viendrait presque à nous mettre les larmes aux yeux en plein milieu d’un polar. Exploit assez rare pour être signalé.

Du côté de la mise en scène, Alfred Lot parvient à instaurer un véritable suspense. Son film ne fait pas particulièrement peur mais il est peuplé de petits détails particulièrement dérangeants. Les plans sont très souvent jolis et l’utilisation de la musique est plus qu’appréciable. Là où cela pêche , c’est au niveau de l’ambiance que le réalisateur souhaite instaurer durant sa deuxième partie. Les décors et les effets utilisés sont un peu « too much » et rendent l’histoire un peu improbable. On en arriverait presque pour l’occasion à un film fantastique plus qu’à un policier. Mais après tout, faut-il vraiment coller des étiquettes ? Alfred Lot ne semble pas s’être posé la question du genre de son premier long-métrage. Entre film policier, film noir, film social et même des passages de comédies inattendues (humour en dessous de la ceinture ou comique de situation tout à fait réussi) : l’éclectisme dont son film témoigne tout en restant cohérent est saluable.
Certes il y a des maladresses, quelques fautes de goût mais dans l’ensemble voilà un premier film très audacieux et réussi. Inspirée de films américains mais témoignant d’une forte « french touch » , La chambre des morts mérite l’attention.