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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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Body Rice : jeunesse en plein trip


Crédit Photo : Alfama Films


Le synopsis nous explique que ,depuis 1980, des institutions allemandes envoient des ados délinquants ou dérangés dans le sud du Portugal. Plongés dans un no man's land, ils sont victimes de diverses expérimentations. Mis à part le générique de début qui pourrait nous mettre sur la voie, le propos n'est pas vraiment identifiable. Car il faut bien le dire : ça parle très peu dans Body Rice.

Alors un avertissement s'impose : ami spectateur si tu aimes les films très dialogués, simples d'accès et pas trop sophistiqués, passe ton chemin ! Body Rice est ce que l'on pourrait appeller un film expérimental, peut-être un exercice de style bien que selon moi il dépasse ce stade. Nous sommes témoins de nombreux plans qui se succèdent sans forcément beaucoup de cohérence. Ne cherchez pas la psychologie des personnages, ce serait un véritable casse-tête. Non, pour apprécier cette oeuvre il faut se laisser porter, s'imprégner du climat désertique. Désert d'explications, désert d'émotions, désert mental et physique. Les corps sont là face à nous , et nous les regardons. Le réalisateur expose des facettes de l'adolescence brisée, des jeunes vidés. C'est le récit d'une errance interminable. Pourquoi sont-ils là ? Finiront-ils par quitter ce charmant trou perdu ? Sont-ils comme nous ou vraiment cinglés ? Que des blancs...Au spectateur de combler le vide par son imagination ou son ressenti.

Alors oui, ça fait peur. Oui, ces silences c'est quand même gênant. Et pourtant, je le jure, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. J'étais assis dans mon fauteuil, souvent la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés. Et dans ma tête je me disais "que c'est beau!" En effet, Body Rice accumule les plans sublimes les uns après les autres, de fantastiques plans fixes à des travelings à tomber par terre. Aussi fou que soit le pari de Hugo Vieira da Silva, il semble y parvenir : faire parler des corps. Des corps qui racontent l'adolescence, la détresse de vivre. Et quand on y réfléchit bien, la tension est présente dans chaque séquence (des ballons prêts à exploser à cause d'un mégot de cigarette, une balade en voiture sous haute névrose, une pulsion sexuelle...), et chaque nouvelle scène est un nouvel appel au secours, une nouvelle histoire. Les acteurs sont aussi énigmatiques que séduisants, la musique techno entrecoupée de morceaux rock (dont Joy Division) n'en finit plus de se répéter et de nous hypnotiser...Body Rice se révèle vite être un grand trip qui nous fait ressentir des tas de choses sans que l'on puisse comprendre pourquoi. Désespéré, parfois drôle et touchant, ce film nous fait ressortir de la salle muet. Et la première phrase que l'on serait tenté de sortir, aussi bête soit-elle serait : "J'ai l'impression que ce film ne raconte clairement rien mais pourtant j'ai la sensation qu'on m'a tout dit et fait ressentir". Etourdissant.

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