Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : UGC Ph
Chine, années 40. Souffrant de plus en plus de l'occupation japonaise, une bande de jeunes étudiants en théâtre décident de se lancer dans la Résistance. D'abord ils proposent des spectacles pour motiver les troupes puis rapidement ils décident d'être plus actifs en se chargeant d'une mission périlleuse : tuer Monsieur Yee (Tony Leung), un redoutable collaborateur. Pour cela ils emménagent à Shangai où l'homme se trouve et demandent à Wong (Tang Wei), une des jeunes actrices du groupe, timide et secrète, de s'infiltrer dans son quotidien. Si au sein du groupe Wong est assez effacée, lorsqu'elle part en mission elle devient diablement sûre d'elle. Dans les belles robes de son personnage, Mme Mak, elle parvient rapidement à gagner la confiance de Mme Yee, partenaire de mah-jong et de sa cible de mari, M. Yee qui ne tarde pas à être intrigué. Une liaison va-t-elle commencer ?
C'est un film froid et impitoyable. Lust,Caution se paie le luxe de ne jamais vraiment décoller mais de tenir le spectateur en otage en lui faisant bien ressentir les détresses intérieures des personnages et surtout de son héroïne principale, l'énigmatique Wong. Pour infiltrer le ménage des Yee elle joue le rôle de Mme Mak , femme bourgeoise et distinguée dont le mari est souvent absent. Un rôle comme un autre pour aider sa patrie. Sauf que le temps est long et que les choses avancent doucement, trop doucement. Et plus le temps passe et plus on ressent la détresse de cette jeune fille qui quelque part s'est retrouvée sans conviction embarquée dans une affaire trop grande et complexe pour elle. Elle y laissera sa virginité, son honneur, et peut-être bien son coeur. Dès le départ on comprend l'attachement de Wong à son camarade résistant à l'initiative du mouvement. Mais celui-ci ne fera le premier pas que trop tard. La scène où Wong se fait dépuceler par un garçon de sa bande (afin de s'entrainer dans le cas où M. Yee voudrait d'une liaison avec elle) est en ce sens totalement éprouvante. Et le pire c'est que cela ne servira à rien puisque la mission sera écourtée et annulée...avant de reprendre trois ans plus tard.
On le sait bien, l'affiche l'indiquant, qu'il y aura un passage à l'acte entre l'actrice et le collabo. Ang Lee joue avec cette attente et nous offre de longs et violents préliminaires. Et une fois qu'il y a passage à l'acte, il n'y va pas avec le dos de la cuillère. Disons que la liaison Yee/Wong est sacrément torride. Et elle va tourmenter et faire perdre la raison à Wong car comme elle l'explique , lorsqu'il la prend, Yee s'infiltre en elle comme un serpent, sondant les recoins de son âme. Telle une actrice qui n'a plus de distance avec le personnage qu'elle incarne, elle pourrait ainsi bien se laisser toucher au coeur par M. Yee. Est-il pourtant ici question d'amour ? Pour Wong rien n'est moins sûr. Ang Lee nous laisse libre de penser ce que l'on veut : est-elle tombée amoureuse ou s'est-elle simplement laissée séduire par la bague somptueuse que lui a offerte son amant ? Les acteurs jouent à la perfection, les scènes de sexe donnent le vertige, la réalisation est sublime : on passe donc un très joli moment de cinéma , preuve en est que Lee est décidément à l'aise dans tous les registres.