Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Première réaction : on se dit qu'il y avait matière à faire quelque chose de vraiment intéressant autour de ce concept de sex club qui broie les identités. Malheureusement, Marcel Langenegger, dont c'est ici la première réalisation, ne nous offre pas plus qu'un banal thriller sexy et formaté. La réalisation est molle, souvent clipesque, les plans se cherchent, la tension peine à monter. Alors on se dit qu'on va prendre ce Manipulation comme un bon petit plaisir coupable. Le sexclub, la franche camaraderie un peu graveleuse entre Mc Gregor et Jackman...Autant d'éléments qui pourraient se révéler amusants. Mais le scénario est tellement cousu de fil blanc, avec une volonté de balancer constamment des pseudos retournements de situation qu'on ne parvient jamais à accrocher vraiment. Problème supplémentaire : les personnages sont archi caricaturaux. Hugh Jackman est méchant et c'est tout, vive la nuance ! Mc Gregor n'est qu'un looser dupé. Seul le personnage de Michelle Williams obtient un peu de mystère mais encore heureux que ce soit le cas vu que c'est le seul intérêt de son personnage que celui d'être énigmatique. Malheureusement, la réalisation sans souffle de Langenegger peine à faire d'elle une femme fatale crédible.

La crédibilité est justement ce qui fait le plus défaut à ce long-métrage qui a toutes les qualités recquises pour être un "direct to DVD". Les acteurs sont en roue libre et débitent des répliques entendues des centaines de fois ("You don't know what i'm capable of") voire carrément absurdes (personnage de "S" qui tire sur un autre personnage et ne trouve rien de mieux à dire que "I'm sorry"). Aucune psychologie des personnages, aucune matière, un suspense qui est loin de fonctionner jusqu'au bout...Manipulation sombre dans le ridicule sur ses dernières minutes (la scène dans la voiture avec le canard en plastique finit par nous achever) . La tristesse gagne le spectateur qui ne parvient pas à comprendre comment on en est arrivé à un tel gachis. Une idée de départ pas mal, un chouette casting...puis le nauffrage. Comment le trio d'acteurs a-t-il pu se laisser convaincre par un scénario si bancal ? Comment Hugh Jackman a-t-il pu croire au projet au point d'en devenir un des producteurs ? Tout cela nous échappe et on se dit que si un jour on aura du temps à perdre, on reverra le film à minuit sur le cable , sa place prédestinée.
J'aime Michelle Williams. Et quand on vénère une actrice, qu'on lui fait confiance dans ses choix artistiques, assister à un si triste spectacle fait mal. C'est un peu comme une trahison. C'est toujours difficile d'admettre que quelqu'un que l'on admire nous a déçu. Certes, dans ce film ultra mineur, Michelle Williams n'est pas la pire du casting, mais quand même...Le film n'a d'intérêt que pour la voir enfin comme un objet de désir. Car Michelle Williams a souvent été employée pour des rôles de personnages pas du tout glamour (remember Brokeback Mountain). Dans Manipulation elle est juste belle et classe. Mais cela ne suffit pas à faire tenir un film. Première grande déception donc (en espérant qu'il n'y en ait pas d'autres de cette envergure). L'actrice a la chance d'avoir des projets à venir qui lui permettront de faire oublier l'échec critique et public (pour 20 millions de budget, le film ne devrait même pas en récolter 10 sur le sol américain) de ce navet en puissance.