Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Surreal Distribution
Il y a longtemps, Rose (Amy Adams) était une des élèves les plus populaires de son lycée. Elle était pom pom girl et sortait avec le mec le plus sexy du coin : beau présage ? Non. Le temps a passé et Rose a clairement loupé sa vie. Mère célibataire, elle fait des ménages et rêverait de sortir de sa situation précaire. Sa sœur Norah (Emily Blunt), assez caractérielle, est pour sa part au chômage. Le père des deux jeunes filles passe son temps à essayer de gagner de l’argent par tous les moyens possibles, en vain. Et voilà que le fils de Rose se voit expulsé de son école car il est trop « spécial ». Au fond du trou, la jeune femme entend parler d’un boulot qui rapporte. Cela consiste à nettoyer des scènes de crimes. C’est glauque, il y a des restes de cadavres, mais cela pourrait bien être la solution à tous les problèmes financiers de la famille. Ainsi, Rose entraine sa sœur Norah et elles créent ensemble Sunshine Cleaning, la nouvelle entreprise de nettoyage de scènes de crimes. Pour le meilleur et pour le pire…
Réalisé par deux femmes et produit par ceux qui avaient connu la gloire avec Little Miss Sunshine, Sunshine Cleaning a tout pour accorder tout le monde. Déjà, il s’agit là d’un film profondément émouvant. La précarité de deux femmes très attachantes qui ne demandent qu’à s’en sortir dans une société sans pitié. Tout le long du film règne une poignante fragilité et une sensibilité à fleur de peau, notamment dû au charisme d’Amy Adams. L’actrice trouve ici un rôle formidable qui lui permet de mettre en avant toutes ses qualités de comédienne. Loin du royaume de Il était une fois, elle campe une femme dans la galère qui se souvient tristement d’un passé meilleur. Hier pom pom girl amoureuse, elle est devenue la maitresse de son amour de lycée, aujourd’hui marié avec une de ses anciennes camarades. Pendant que ses anciennes amies cranent avec leur belle situation et leur mari, Rose est celle que l’on s’envoie entre deux heures dans un motel et qui nettoie les restes des autres. Son statut lui fait honte et quand elle revoit une fille de son lycée, elle ne pourra s’empêcher de mentir. Souvent, le spectateur sensible pourra être au bord des larmes face au destin d’une famille que l’on rêverait de voir heureuse. Les films où l’on se sent profondément proches et attachés aux personnages sont rares et il est donc important de souligner que Sunshine Cleaning en fait partie.

Néanmoins, attention ! Nous ne sommes pas devant un mélo tire larmes, loin de là. La photo est assez colorée et les deux réalisatrices ont décidé de mêler drame et comédie pour notre plus grand plaisir. A l’image de l’enfant de Rose qui lêche les murs (!), chaque personnage dispose d’une véritable fantaisie qui prêtera à sourire et qui procurera des respirations au récit nécessaires. Et , forcément, le sujet du film est assez original pour se distinguer du reste des productions étiquetées « film indépendant américain à tendance feel good movie ». Nos vies tiennent à peu de choses, semble nous rappeler ce film où on nettoie des logements ensanglantés et jette les cadavres à la poubelle. Comme si d’un coup de chiffon, on pouvait effacer des vies tragiques. Ce serait bien trop simple. Le fait que Rose soit femme de ménage puis nettoyeuse de scènes de crimes n’est sans doute pas un hasard, elle qui a tant besoin de nettoyer un passé de « paradis perdu » mais également vecteur de souvenirs plus douloureux (la mort tragique de sa mère, une ancienne actrice de seconde zone). Mais bien que la vie tienne à peu de choses, ce qui touche c’est la détermination de Rose pour s’en sortir et tenter de « devenir quelqu’un ». Sa combativité , tellement mise à rude épreuve, ne flanchit jamais. Et avec sa morale finale « La vie est dure mais tu t’y feras », Sunshine Cleaning se présente comme une ode à la famille et au courage. Celui d’oser vivre sa vie, de retenir ce qu’on y trouve de positif et peu importe s’il ne s’agit pas de la vie dont on rêvait. L’important est de profiter des petits plaisirs simples. Un message amené avec subtilité et tendresse, dans une œuvre au casting génialissime.
Film sorti le 10 juin 2009