Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédits Photos : SND
La question qu’on pouvait se poser avant de découvrir Le bal des actrices sur les écrans était de savoir s’il s’agissait d’un documentaire ou d’une fiction. Maïwenn avait déjà entretenu le flou, mélanger les genres avec son précédent film, Pardonnez-Moi. Ici, il s’agit d’une pure fiction, une comédie tendre et légère sur le quotidien d’actrices très différentes. Chacune explore une facette particulière du métier et joue ainsi avec sa propre image. Karin Viard est une actrice un brin prétentieuse qui rêve de tourner aux Etats-Unis mais dispose d’un accent assez tragique ; Mélanie Doutey est une star française au top, capricieuse et qui va aller telle une Angelina Jolie redécouvrir la vie dans un pays pauvre tout en adoptant un enfant ; Marina Foïs doit faire face au temps qui passe et se fait des cures de Botox ; Jeanne Balibar doit faire face à un ras le bol général face aux exigences d’un réalisateur de film d’auteur adepte de la branlette intellectuelle ; Romane Bohringer parcourt les galas pour gagner sa vie car elle est devenue has been et ne trouve plus de rôles ; Julie Depardieu joue les mamans au cinéma mais rêverait d’en être une dans la vraie vie sans y parvenir (sans copain, forcément…) ; Karole Rocher, espoir si prometteur, doit faire face au retour brutal à l’anonymat ; Estelle Lefebure a du mal à se détacher de son image de mannequin, à avoir une légitimité ; Muriel Robin aimerait se sortir du registre comique et briller dans une pièce de théâtre ; Linh Dan Pham doit faire face au manque d’engouement de ses parents pour son statut d’actrice, eux qui rêvaient de la voir faire du marketing ; Charlotte Rampling a sa carrière surtout derrière elle…
Il y a donc beaucoup de portraits dans ce nouveau long-métrage qui affiche une durée de 1h45 et qui souhaite aussi et surtout faire le portrait de Maïwenn la réalisatrice et la femme dans son intimité (qu’elle partage ici avec son fils et son compagnon fictionnel, Joey Starr). Le concept est le suivant : suivre le quotidien d’actrices typées, se moquer des clichés, saisir leur beauté et leurs faiblesses. Pour chaque actrice, Maïwenn a tenu à ce qu’une chanson soit composée. Chaque actrice a donc droit à sa parenthèse musicale nous permettant de cerner au mieux ses rêves, ses doutes, ses envies et frustrations. Ont collaboré à la bande-originale : Holden, Benjamin Biolay, Pauline Croze, Jeanne Cherhal, Joey Starr, Nina Morato, Marc Lavoine et Anaïs. Projet dense, ambitieux, extrêmement casse-gueule. Autant dire que Maïwenn n’a pas choisi la facilité pour son second long-métrage. On peut donc déjà saluer son courage, il fallait vraiment avoir des couilles pour oser ce projet alors qu’elle savait très bien qu’elle était attendue au tournant après le succès critique de Pardonnez-Moi. Mais alors, est-ce que ça fonctionne ce bal des actrices ?

Ce qui frappe directement, c’est le culot de Maïwenn et la générosité de celles qui ont accepté de jouer avec leur image. Car le scénario du bal des actrices ne manque pas de piquant et égratigne joyeusement toute la profession et se moque ouvertement de ses interprètes. Les dialogues sont très souvent drôles, percutants et toujours bien écrits. Maïwenn réussit un parfait dosage entre comédie et émotion. Si on rigolera de bon cœur face aux intrigues de Karin Viard, Jeanne Balibar ou Mélanie Doutey, on pourra également être plongé dans un certain malaise face à d’autres portraits. Muriel Robin en larmes car elle ne parvient pas à se mettre dans un rôle grave, Estelle Lefébure qui se prend dans la tronche qu’elle n’est pas franchement une actrice, les castings difficiles de Marina Foïs, Romane Bohringer et Karole Rocher…Le bal des actrices nous vend certes du rêve, du glamour, nous montre sous un jour parfois coloré l’envers du décor. Mais on nous montre aussi toute la difficulté du métier : il y en a qui restent sur le côté, qu’on adule et qu’on oublie, rien n’est jamais acquis.
Le film bénéficie d’un rythme très soutenu et le passage d’une actrice à une autre se fait dans la plus grande fluidité. Maïwenn livre une œuvre cohérente et parvient à éviter le piège de tout film choral qui est l’inégalité entre les différents segments. Certes, chacun aura sa préférence, et certains portraits sont plus courts que d’autres, mais tout se regarde avec un véritable plaisir. Il y a là un véritable ton, un style, décalé, audacieux. Le couple Maïwenn / Joey Starr fonctionne à merveille et donne souvent lieu à des scènes cocasses. Si elle se moque beaucoup du milieu du cinéma et de ses actrices, Maïwenn n’hésite pas aussi à se moquer beaucoup d’elle-même.

Et la musique ? Les parenthèses musicales se veulent décomplexées. C’est souvent clipesque, parfois très kitsch mais étrangement cela passe très bien. Déjà car les chansons ne sont pas superflues et apportent vraiment des éléments sur les personnages. Ensuite parce que si vous aimez la chanson française (un peu bobo), vous aurez du mal à résister aux mélodies.
Finalement, Le bal des actrices dispose de quelque chose d’assez rare : de la magie. Maïwenn livre un excellent divertissement, elle nous fait rire aux éclats ou nous émeut, elle nous emmène dans des univers improbables avec ses parenthèses musicales, elle ne cesse de nous surprendre de par l’insolence de son scénario. Après Pardonnez-moi, la réalisatrice confirme les bons espoirs placés en elle. Aussi à l’aise dans le drame que la comédie, sa carrière est donc à suivre de très près. En attendant, délectez-vous de ce bonbon acidulé qu’est Le bal des actrices, vous ne le regretterez pas.
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Sortie en salles le 28 janvier 2009