Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Bodega Films
Un homme. Un homme comme les autres à priori. Qui voit des amis, qui couche, qui rencontre des gens. Qui est-il ? Pas facile à dire ! Car Jaime Rosales, réalisateur de ce film atypique a opté pour un parti pris culotté : ne pas nous permettre d’entendre ce que se disent les personnages. Tout est filmé en téléobjectif, le spectateur devient vraiment voyeur, a la sensation de participer à une filature. Pendant tout le film (1h10) nous n’entendrons donc que le bruit des rues, du vent. Sans dialogues (il n’y a qu’une réplique dans cette œuvre : « chiens de flics ! ») , notre attention se porte alors totalement sur la constitution des plans, sur le travail sur le son. Et force est d’admettre que le réalisateur a effectué un travail remarquable.
Dans son précédent film, La soledad, Jaime Rosales jouait déjà beaucoup avec son public. On y découvrait une intrigue chorale, incroyablement calme et planante avant que d’un coup le cauchemar envahisse l’écran. Ici la montée en tension se concentre sur les cinq dernières minutes. Mais tout le long, on est curieux, presque effrayés par ce qui pourrait arriver. Le titre de l’œuvre étant « Un tir dans la tête », on ne peut s’empêcher d’attendre l’évènement. Ce qui est franchement sadique de notre part, tout comme la démarche de l’auteur qui tire de là un certain suspense. Film extrêmement contemplatif, qui se ressent, Un tir dans la tête n’est clairement pas réservé à tous les publics. Il en choquera certains par son épure érigée en règle. On adorera ou on détestera. Pour ma part j’avoue que le projet m’a franchement fasciné. Il montre qu’un long-métrage peut finalement tenir sans dialogues, sans psychologie, juste avec la rigueur de la mise en scène et de la technique.
Jaime Rosales a eu le désir de faire ce long-métrage après avoir lu un fait divers. Il désirait montrer qu’un Monsieur Tout le monde peut très bien être un terroriste, montrer notre impuissance face à la montée de la violence. Cette dernière est ici brutale, injustifiée et donc terrifiante. Une véritable expérience de cinéma, difficile d’accès, mais franchement intrigante. Pour ceux qui aiment les exercices de style sur grand écran, foncez !
Film sorti le 11 mars 2009