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Critique du film issu du coffret DVD HERZOG/KINSKI à paraître le 7 avril aux éditions Potemkine & Agnès B (le DVD de ce film contient une interview de Werner Herzog et de l’historienne Dominique Juhé-Beaulaton).
Werner Herzog revient sur sa relation passionnelle avec l’acteur Klaus Kinski. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur cinq films : Aguirre, la colère de Dieu, Woyzeck, Nosferatu le fantôme de la nuit, Fitzcarraldo et enfin Cobra Verde. Entre le réalisateur et son interprète, des rapports complexes qui ne se limitent pas au travail : Herzog a rencontré Kinski pour la première fois à 13 ans, ils étaient hébergés dans le même appartement. Déjà à l’époque, Klaus Kinski multipliait les caprices et les crises de nerfs. Jamais Werner le cinéaste n’aurait pensé travailler avec lui plus tard. Et pourtant…
Ce documentaire passionnant s’ouvre sur Klaus Kinski s’adonnant à une représentation où il incarne Jésus. L’homme semble comme à son habitude possédé par le rôle qu’il interprète. Il dévie toutefois, insulte l’équipe qui l’entoure et n’hésite pas à se mettre le public à dos. Werner Herzog nous explique plus tard que de nombreuses personnes prenaient leur ticket pour aller voir Kinski juste pour assister à l’un de ses légendaires pétage de plombs. L’introduction passée, le cinéaste nous ramène sur les lieux de tournage des films qu’il a tourné avec le comédien, part à la rencontre d’actrices qui ont partagé l’affiche avec lui, des figurants indiens ou autres professionnels du cinéma.

Entre le respect, l’amitié et la haine, les rapports des deux hommes fascinent. Une relation complexe qui permet au cinéaste d’accomplir des chefs d’œuvres et à l’acteur de briller comme jamais. Mais des tournages éprouvants pour ne pas dire terrifiants. Mégalo, tel un enfant qui veut toujours être le centre d’attention, Kinski ne ménageait personne. On a droit à une scène volée où il insulte comme un moins que rien le directeur de production d’Aguirre tout simplement parce qu’il lui donne à manger ce qu’il considère comme « de la merde ». Les amateurs de potins se régaleront ainsi que tous les fous de cinéma qui trouveront là une occasion unique de découvrir les coulisses de tournages sous haute tension.
Capable de faire une crise parce qu’un membre de l’équipe, qui s’est coupé le pied pour éviter de mourir suite à une piqure de serpent (!), lui vole un moment la vedette sur un tournage ; prêt à quitter un projet sur un coup de tête ; désireux d’imposer sa vision des choses à tout moment…On se dit bien que tourner avec Kinski était un calvaire. Mais en contre partie c’était un acteur inspiré, qui s’engouffrait comme personne dans ses rôles. « Un professionnel ». Et bien sur, comme tout être humain, il avait ses bons moments, ses petites attentions avec les dames (l’actrice Eva Mattes qui jouait avec lui dans Woyzeck ne garde de lui qu’une image positive).

Le talent de Werner Herzog est de ne jamais trop caricaturer son sujet, d’en montrer la grande complexité et de ne pas oublier de préciser que lui-même était sans doute aussi fou que Kinski. Il confesse d’ailleurs à un moment avoir tenté d’incendié la maison de Kinski alors qu’il s’y trouvait à l’intérieur ! Entre menaces de mort, divergences de points de vues, tournages musclés et retrouvailles riches en émotion, Ennemis intimes est une réussite totale, passionnante de bout en bout et foudroyée par la passion de deux ennemis qui se haïssaient autant qu'ils s'estimaient. A voir le plus vite possible.
Film produit en 1998
Sortie DVD chez Agnes B & Potemkine le 7 avril 2009