Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédits Photos : EuropaCorp Distribution
Ambiance tendue, obscurité. Ann (Isabelle Huppert) traque un homme, son homme (Xavier Beauvois). Elle le surprend avec sa maitresse. C’est trop. Dans le même temps, elle croise par hasard le chemin de Georges (Jean-Hugues Anglade), un vieil ami perdu de vue. Alors qu’Ann décide de tout quitter (appartement, compagnon, sa passion et son travail pour le piano, son identité même) elle va trouver en Georges un confident, un ami aussi pudique que sentimental. Villa Amalia est une succession d’actions, un itinéraire coupé en deux : une phase de destruction puis une reconstruction par l’aventure, la découverte. De l’autre et du monde. Des vastes espaces urbains et bourgeois, Ann va passer vers l’immensité, la richesse de la nature. Portrait d’une femme de caractère, qui ne lâche rien, et qui pourrait bien finir par se retrouver.
Adaptation de l’œuvre de Pasqual Quignard (que je n’ai pas lu, cette critique est donc celle d’un pur spectateur et non d’un connaisseur), Villa Amalia marque les retrouvailles du cinéaste Benoit Jacquot et de l’actrice Isabelle Huppert. Des retrouvailles heureuses qui nous offrent sans aucun doute un des plus beaux films français de l’année. Un film d’ambiances, de sensations, une œuvre imprévisible qui suit un personnage qui nous est à la fois familier par ses préoccupations (qui n’a jamais eu envie de repartir à zéro ?) et totalement étranger, mystérieux par ses réactions. Une femme forte, un vrai personnage de cinéma, qui a une sorte de rage, d’envie d’en finir puis qui va se retrouver , changée, au soleil, devant nos yeux ébahis.

Difficile de poser des mots sur pareil film, tantôt grave, obscure puis extrêmement solaire. On est juste totalement avec Ann, la suivre apparaît comme un plaisir inouï et presque une nécessité. C’est un projet qui sent la liberté, qui nous emmène là où on ne s’y attend pas, nous confronte à des sensations et des émotions universelles et souvent très touchantes. Tout sonne juste, tout est beau, tout est subtil. D’un portrait de femme irrésistible, à la relation délicate qu’elle entretient avec un ami (Jean-Hugues Anglade est extraordinaire), Villa Amalia est un film pleins de petits secrets, de nouvelles expériences, de douleurs sourdes et de tendresse étourdissante. Il n’est jamais trop tard pour aller vers l’autre, vers le monde, vers soi, semble nous dire Benoit Jacquot. De bout en bout on a envie de le suivre, on se perd avec Isabelle Huppert et on voudrait que ça ne s’arrête jamais.
Sortie en salles le 08 avril 2009