Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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Nastassia Philippovna (Jeanne Balibar) organise une fête d’anniversaire toute particulière. Aux côtés de son amie Daria Alexeïvna (Sylvie Testud), les hommes boivent leur champagne et préparent leurs stratégies. Mais lorsque le bouffon de la soirée, Ferdychtchenko (Jean Denizot), propose un jeu de la vérité qui consiste à dévoiler la pire action de chacun, Nastassia va sauter sur l’occasion pour régler ses comptes et exercer une machination parfaitement huilée. Son protecteur, son mari destiné (Serge Bozon), son soupirant secret et le Prince Mychkine (Laurent Lacotte) s’apprêtent à jouer mais rapidement l’hypocrisie générale de la majorité des participants va être bousculée…Peu importe la réputation et les attaches, Nastassia Philippovna va faire éclater la vérité, sa vérité, et choisir elle-même son destin…
Plusieurs avertissements pour commencer. Déjà, bien qu’adapté de l’œuvre L’idiot de Dostoïevski, le film de Pierre Léon place son action uniquement dans l’épisode qui clôt la première partie du livre. Le réalisateur s’explique : « J’ai pensé que cet épisode, tendu et direct, était comme un commentaire d’aujourd’hui du roman de Dostoïevski. D’où, formellement, le choix de ne pas reconstituer la Russie du XIXe siècle, mais plutôt un hors-temps européen. C’est une scène sans ellipse, un film-séquence (…) ». L’idiot de Pierre Léon est un film minimaliste, doté d’un budget dérisoire, souvent théâtral, en noir et blanc. Ceux pour qui un de ces aspects parait repoussant ne sont donc pas invités à aller le voir sous peine d’être déstabilisés. Mais il serait dommage de se priver de cette curiosité qui se révèle foutrement divertissante.
S’il faut un petit temps pour rentrer dans l’ambiance, accepter le hors temps, le fait que ce soit joué par des français, on se prête finalement avec plaisir au jeu. Car plus que tout, L’idiot raconte une histoire. La mise en scène passe des uns aux autres, nous plonge dans ce salon en tant que spectateur (on voit aussi ceux qui ne parlent pas beaucoup) et auditeur. Le texte de Dostoïevski est passionnant et suffit à lui seul à justifier l’existence de ce film ludique et souvent jouissif grâce à un casting confiant et enthousiaste. Jeanne Balibar est parfaite en Nastassia Philippovna, elle donne à son personnage toute la fragilité, la démence, l’ironie qui étaient nécessaires. Et le jeune Laurent Lacotte est une apparition (ses traits divins sont magnifiquement éclairés). Interprète d’un Prince/Idiot qui se verrait bien en sauveur romantique, il va être malgré lui l’une des victimes de la lady bafouée de la soirée.
Comme Nastassia Philippovna, le long-métrage de Pierre Léon est un appel à la liberté. Si l’héroïne est assez radicale, l’auteur lui ne semble pas moins audacieux. Il faut bien du courage pour faire des films comme celui-là aujourd’hui, de la passion. Petit film inspiré, d’une durée parfaite (61mn à peine), L’idiot est une curiosité de cinéphile et une porte ouverte vers l’œuvre de Dostoïevski.
Film sorti le 15 avril 2009