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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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Sois sage : l'homme est un chien (pas) comme les autres


Copyright : Les films du Losange


Nathalie (Anaïs Demoustier) débarque dans un village isolé et débute un travail de boulangère/livreuse de pains. Elle demande pour l’occasion qu’on l’appelle par un autre prénom : Eve. Cette jeune femme, fraichement sortie de l’adolescence, erre dans les alentours, profite de son nouveau job pour rentrer plus ou moins dans l’intimité des gens. Curiosité ? Eveil sexuel ? Quelque chose se passe dans la tête de Nathalie, c’est certain. Est-elle là par hasard ? Qui est cet homme mystérieux (Bruno Todeschini) qui la trouble tellement et qu’elle épie au loin ?

 

Sois sage est le premier long-métrage de Juliette Garcias et c’est un pur film d’auteur à la française. Cette constatation est à prendre comme un compliment ou un reproche selon vos goûts, pour ma part c’est définitivement positif. L’œuvre débute sur Nathalie qui scrute deux oreillers, l’un sur l’autre, sur un lit. Puis des glaces aux parfums différents dont la dernière est d’un blanc un brin taché de rouge. De la gourmandise ? Du sang ? Sois sage est un film mystérieux qui avance doucement, qui joue de l’étrangeté de son personnage principal. Nathalie traine, observe, vit des émotions qu’on ne comprend pas forcément directement. L’image est sublime, le tout extrêmement sensoriel et déroutant.



 

Dans le champ, Anaïs Demoustier, une des meilleures jeunes actrices de notre cinéma hexagonal qui parvient à porter le film sur ses épaules et à lui apporter tout ce dont il avait besoin : un corps fragile, instable mais aussi très sensuel, en pleine effervescence. Beaucoup de regards, de murmures. C’est contemplatif, ça parle peu, ça va à l’essentiel. Alors oui, c’est foutrement maitrisé sur la forme, mais qu’en est-il du scénario ? Rassurez-vous, Juliette Garcias ne fait pas partie des cinéastes branleurs dont chaque plan est lourd de symboles cryptés et dont le scénario ne tient qu’à un fil. Sois sage est une œuvre qui déborde de thèmes tels que la fin de l’adolescence, la découverte de la féminité, la rédemption…

 

Bien plus qu’un portrait féminin, Sois sage touche à un sujet brulant avec une sensibilité rare et des plans aussi malaisants (coupe d’ongles à sang, assassinat d’un chien), étranges (des scènes quasi-zoophiles) que déstabilisants (le sexe apparaît majoritairement comme un rituel avec des actions répétitives, des ordres, de la rigueur demandée comme pour l’exercice du piano). Sombre, complexe, Sois sage se révèle vite passionnant. Jean, l’homme qui obsède Nathalie est comparé à une sorte de bête. Les hommes sont des bêtes, des monstres peut-être. La monstruosité peut exciter ou répugner, les deux parfois. Cette scène où Nathalie voit un chien noir lécher un bébé est un parallèle évident avec ses souvenirs difficiles. On peut punir un chien, mais peut-on vraiment punir un homme sans dépasser les limites ? Que veux vraiment Nathalie : reproduire ou abolir ? L’un, puis l’autre ? Le film apporte ses réponses lors de ses dernières minutes avec une confrontation aussi troublante que forte. Une excellente surprise que ce film d’auteur souvent brillant et téméraire qui malgré un sujet délicat évite tous les clichés. Révélation d’une cinéaste à suivre et confirmation du talent d’une jeune actrice qui fait des choix de plus en plus intéressants.

 

Film sorti le 15 avril 2009

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