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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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Still Walking : les paradoxes de la famille


Copyright : Pyramide Distribution


Comme chaque année, la famille Yokoyama se retrouve en mémoire de la disparition de Jumpei, fils adoré décédé alors qu’il tentait de sauver la vie d’un jeune homme en train de se noyer. Pour l’occasion, Ryota (Hiroshi Abe) amène sa femme et son enfant, Atsushi (Shonei Takahashi). Ils sont reçus non sans méfiance : la femme de Ryota est une ancienne veuve et Astsushi est issu de cette ancienne union. Dans la maison on trouve aussi Chinami (You), la fille de la famille qui aimerait bien emménager là avec son mari et ses deux enfants. Le père et la mère de Ryota se font en effet de plus en plus âgés. Nous allons suivre ces retrouvailles entre repas, conversations, souvenirs. Un entre deux aussi anecdotique qu’universel…

 

Nobody Knows, le précédent film de Kore-Eda Hirokazu avait fortement marqué les esprits. On attendait donc beaucoup de ce Still walking (titre en référence aux paroles d’une chanson que le père et la mère de la famille appréciaient écouter et chantonner lors de leurs plus belles années). Le peu que l’on puisse dire c’est que la déception n’est pas de mise. Le cinéaste témoigne d’une infinie délicatesse, le spectateur découvre cette famille puis finit par se sentir chez lui. Les situations sont simples mais elles ne peuvent s’empêcher de faire écho à la vie personnelle de chacun. On a tous une famille, on a tous des souvenirs et en ce sens Still Walking résonnera forcément (de façons différentes) chez chacun.



 

L’œuvre s’ouvre sur la mère et la fille en train de cuisiner. Elles épluchent. Scène révélatrice de la suite où progressivement chaque personnage sera « épluché », mis à nu, dévoilé. Difficile de ne pas penser aussi à la vie : comme un aliment que l’on épluche, le temps file et à la fin il ne reste que les souvenirs, des bouts. La grande force du film est de parvenir à nous plonger dans l’intimité de chaque protagoniste et du coup il est difficile de ne pas s’attacher à tout le monde. Et on se retrouve alors presque gênés, tristes, lors des disputes ou des incapacités à communiquer de certains. Les messes basses se multiplient, les souvenirs plus ou moins douloureux se ressassent.

 

Le fils disparu sert à rassembler cette famille qui bat de l’aile mais il est aussi un point de discorde, une douleur impossible à estomper. La mère reproche à son mari, ancien médecin, de ne pas avoir été là pour le sauver ; le père n’a plus de successeur pour son cabinet médical car Ryota est passionné par la restauration de tableaux ; ce dernier subit l’ombre de son frère, le « fils préféré » ; la sœur qui est toujours là pour les siens ne bénéficie pourtant pas des mêmes égards…Au final chacun ment, se ment, pour ne pas troubler son entourage, pour ne pas froisser son image. Still Walking nous montre la douleur de ne pas vraiment pouvoir être soi auprès de ses proches ou pire : de ne pas arriver à rester ensemble, de ne pas être apte à communiquer de façon sereine. La scène où Ryota quitte la maison est en ce sens extrêmement forte (alors que les parents se disent qu’il ne reviendra pas avant le jour de l’an, ce dernier confie à sa femme que vu qu’il est venu cette fois-ci il ne reviendra pas pour le nouvel an).



 

Si Still Walking est souvent touchant pour ne pas dire bouleversant, c’est un long-métrage également ponctué de moments doux-amer. Les dialogues, qui paraissent simplistes mais qui sont au contraire une petite merveille de chaque instant, permettent des scènes formidables où on a envie de rire face à l’attitude de certains personnages en même temps que les situations d’autres nous rendent tristes. Les claques les plus délicates sont parfois celles qui laissent la plus grande douleur. Still Walking est un film rare et pénétrant.

 

Film sorti le 22 mars 2009

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