Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Nettement moins médiatisée qu’un centre Georges Pompidou ou un Palais de Tokyo, La maison rouge est pourtant un lieu d’exposition de référence à Paris. Située au 10 boulevard Bastille, elle achève en ce moment sa présentation de Warhol TV (occasion unique de se plonger dans les émissions télévisées de l’artiste et de découvrir un nouvel aspect de son univers par ses conversations avec des célébrités et personnalités du monde de l’art et d’ailleurs).
Mais plus que des expositions, La maison rouge c’est depuis novembre 2006 un lieu d’échange avec sa Suite créée à l’initiative de Gérard Wajcman. Placée juste à côté des lieux d’exposition, cette grande chambre d’hôtel où l’on se sent bien mais en même temps forcément étrangers, accueille fréquemment des artistes pour des conversations dans un cadre des plus intimistes. Hier soir, Jeudi 30 avril 2009, Catherine Millet du magazine Art Press (et connue du grand public pour son livre retraçant ses ébats, La vie sexuelle de Catherine M) et le photographe Jean-Luc Moulène venaient à la rencontre d’un public passionné pour une conversation à propos du travail de l’artiste Michel Journiac. Une conversation dans le cadre du programme « Raconter la performance ».
Les visiteurs étaient confortablement installés dans la suite (sur les fauteuils, le canapé, au sol ou même sur le lit) et pouvaient écouter et échanger avec les deux invités qui relataient de leur expérience pour la performance de Michel Journiac intitulée Messe pour un corps. Si l’artiste préférait le terme d’ « action » plutôt que de « performance », le récit valait le détour. De quoi s’agissait-il ? A deux reprises, Michel Journiac a mis en scène une messe en latin en invitant à participer des personnes de son entourage, habillés en enfants de chœur. Catherine Millet a participé à la première messe et Jean-Luc Moulène à la seconde (six ans plus tard). Déguisé en prêtre, Journiac proposait pour l’eucharistie une hostie faite de boudin cuisiné avec son propre sang (une façon pour lui de représenter l’archétype de la création : l’homme qui se nourrit de lui-même et les hommes qui se nourissent de l’artiste). Une démarche qui ne se voulait pas de l’ordre du sacrilège, Journiac ayant été séminariste.
Alors qu’une personne prend la parole dans la Suite en demandant si les invités avaient conscience de ce geste d’anthropophage, Catherine Millet répond qu’elle n’était pas vraiment avertie de la composition de l’hostie. Moulène, lui, le savait ainsi que tous les invités de la deuxième cérémonie à laquelle il participait. A l’époque cela n’avait rien de vraiment choquant et les messes n’ont pratiquement pas fait scandale.
Très agréable moment que cette rencontre, on a l’impression d’être des gosses à qui on raconte une histoire. Le cadre est vraiment chaleureux et il y avait une véritable ambiance de communion. Et moi qui ne connaissait pas le travail de Michel Journiac, je dois avouer être ravi de la découverte de cet artiste au travail assez fou et passionnant. Si vous aussi vous désirez visiter cette Suite et assister à des rencontres, rendez-vous sur le site de La maison rouge. Il suffit d’envoyer un mail pour être tenu au courant des prochaines manifestations et réserver sa place.