Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Henry Binns et Sam Hardaker, amis de longue date qui écumaient les studios d’enregistrement, ont un jour eu la chance de se faire remarquer avec un remix du titre Climbing it up the walls de Radiohead. C’est la fin des années 90, Air cartonne et les groupes électro flirtant avec le trip-hop sont plus que jamais en vogue. En 1999, Zero 7 nait avec un tout premier EP. Deux ans plus tard, en 2001, l’heure est venue pour le duo de Londres de sortir son premier album. Intitulé Simple Things, ce premier opus s’avère être un véritable chef d’œuvre.
La critique est très enthousiaste et le public suit. Des titres comme Destiny, In the waiting Line ou Distractions connaissent des carrières exceptionnelles. Les ventes sont plus qu’au beau fixe pour un groupe indépendant, les séries et les films qui créditent leurs chansons se multiplient. Rien d’étonnant : Simple Things offre des morceaux à la richesse inouïe, aux ambiances feutrées et mélancoliques, poétiques et cinématographiques. Difficile de ne pas se laisser emporter par ce voyage musical d’une rare douceur. Dès leur premier album, Henry Binns et Sam Hardaker optent pour un fonctionnement collectif. Ils composent et font appel à différents interprètes pour poser leurs voix sur les chansons. L’occasion de découvrir des timbres variés, nous plongeant dans des ambiances éclectiques tout en gardant une réjouissante cohérence. Au micro : Mozez (voix black masculine irrésistible), Sia (voix féminine unique et d’une mélancolie bouleversante) ou encore Sophie Barker. Mélangeant morceaux chantés et instrumentaux, Simple Things est un habile mélange de musique électronique et de pop, convoquant de nombreux instruments qui apportent une densité toute particulière à chaque piste. Rares sont les groupes à parvenir à signer un album majeur, exigeant, dont les subtilités se découvrent et se redécouvrent au casque et qui en même temps disposent de ce côté easy listening qui permet à chaque auditeur d’être touché à sa façon. N’ayons pas peur des mots : Simple things est pour moi un des plus beaux albums de tous les temps. Les instrumentaux Out of town et Give it away sont d’une beauté sidérante, le morceau Likufanele est un voyage au-delà des sens et les titres plus pop et tubesques comme Destiny, Distractions, In the waiting Line, This world ou I have seen sont autant de mélodies entêtantes d’une virtuosité impressionnante. Et comme si cela ne suffisait pas, Zero 7 soigne son univers visuel avec des clips toujours originaux et souvent poétiques. C’est le sans faute à tous les niveaux.
Pas le temps de savourer le succès critique et public, Zero 7 enchaine avec une tournée épique. Henry Binns et Sam Hardaker emmènent dans leur car les trois interprètes de l’album et de nombreux musiciens. Une tournée difficile puisque les artistes de Zero 7 sont parfois jusqu’à 20 sur scène (pour le coup, la rentabilité de l’affaire suivait moins). En 2002 Zero 7 participe à la collection Another Night et délivre une compilation de titres majoritairement chill-out, soul ou lounge. Un entre deux avant la sortie de leur second album.
Second album qui sort en 2004 et qui est intitulé When it falls. Le problème quand on livre un grand premier album c’est de ne pas décevoir avec sa suite. Et à l’écoute du titre Home (avec la voix de Tina Dico) on ne peut pas être déçu : sur la fin le morceau atteint des sommets et provoque la chair de poule. Si beaucoup reprocheront à When it falls de surfer sur la vague de Simple Things sans rien apporter de bien neuf, l’album est pourtant une fois de plus d’une beauté vertigineuse. Mozez, Sia et Sophie Barker sont toujours au micro, s’ajoute donc Tina Dico. Les pistes s’enchainent toujours entre morceaux chantés et instrumentaux (moins nombreux néanmoins). On y trouve des joyaux down tempo comme Over our heads et Morning Song portés par la voix sublime de Mozez, de très jolis moments de pop avec Somersault, Passing by, Warm Sound ou Speed dial number 2 et les deux instrumentaux When it falls et Look up. C’est toujours un voyage délicat et sensoriel que nous propose Zero 7 , c’est toujours très accessible mais il y a moins de « hits potentiels » pour la radio. Pour la peine l’album ne connaît pas le même succès public que son ainé.
Le dernier album de Zero 7 sorti à ce jour s’appelle The garden. Sorti en 2006, il marque un certain tournant. Moins onirique, un peu plus urbain (tout en restant calme). Les voix présentes sont celles de la fidèle Sia, de Jose Gonzalez et de Henry Binns himself. On regrettera l’absence de Mozez mais en même temps cet opus est nettement moins mélancolique. Certains morceaux donnent même la pêche de par leurs sonorités et malgré des textes parfois toujours mélancoliques : on pense à Throw it all away ou Waiting to die. Les morceaux interprétés par Jose Gonzalez donnent une nouvelle dimension à la formation entre pop, folk et electro : les titres s’appellent Futures, Today, Crosses ou Left behind. Il y a des passages plus funky mais les fans ne se sentiront pas trop perdus avec des morceaux dans la lignée des albums précédents et interprétés par Sia comme The pageant of the bizarre ou This fine social scene. Finalement on ne trouve qu’un morceau instrumental, qui est en plus un pur titre electro : Seeing things. Si la critique se réjouit de l’évolution du groupe qui ne perd rien de sa grâce et de la finesse de ses compositions, le public international ne suit pas trop. La tournée sera relativement brève (avec toujours le problème d’un groupe sous forme de collectif donc difficile à prendre en charge), certaines dates seront annulées. Le seul concert de Zero 7 en France pour soutenir The Garden se fera à Paris…en première partie de James Blunt. Inutile de préciser que ça fait mal.
Malgré la déception « commerciale » de The Garden , Zero 7 conserve une place de premier choix dans le cœur des amateurs de musique electro, trip-hop, down tempo et pop. Leur prochain album se fait attendre, on est en tout cas plein d’espoir de les retrouver un jour. Pendant ce temps, les « voix » de Zero 7 poursuivent leur parcours. Mozez a signé avec plus ou moins de succès différents albums et Sia en deux albums est parvenue à imposer un style personnel (relativement influencé par Zero 7 sur certains morceaux quand même). On attend la suite avec impatience…Page Myspace de Zero 7.
Zero 7 en cinq chansons :