Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)
Un homme rentre chez lui. Sa femme est dans la cuisine puis allume la télévision. Des images d’émeutes à Bangkok. L’homme a comme une absence, puis un excès de violence. Il tue sa femme. Tout devient flou. Il perd la parole. Se retrouve dans un asile. Cet endroit dans lequel il est interné s’appelle Island Hospital. On y trouve mélangés des fous et des criminels qui expérimentent une nouvelle forme de thérapie : la video cure. Chaque personne internée accepte de participer à un étrange documentaire qui nous entraine dans les coulisses d’un hôpital psychiatrique plein de mystères. En quoi consiste donc cette video cure ? Les criminels se laissent hypnotiser et rejouent les scènes qui les ont guidé vers la folie en les modifiant de façon à rectifier leur histoire et s’en sortir. Ces scènes sont ensuite projetées dans une salle en présence des gens de l’asile et du criminel qui a tenté l’expérience. Une thérapie efficace ? Notre homme parviendra-t-il à trouver la rédemption ?
Premier film d’un vidéaste inspiré, Here est une expérience entre l’art contemporain et le septième art. Un travail remarquable sur le son a été réalisé : à la quiétude anxiogène de l’hôpital psychiatrique se mêlent des sons menaçant provenant d’éléments à priori inoffensifs comme un ventilateur ou une balançoire. Quelque chose cloche, tout ici sonne faux, provoque le malaise. HO Tzu Nyen nous entraine dans un faux documentaire, un trip aussi étrange qu’hypnotique qui nous interroge notamment sur la question du destin. Peut- on remédier à la folie ? Faut-il vraiment s’acharner à rectifier ses erreurs plutôt que de composer avec ? Toutes les méthodes employées par l’asile ne sont-elles pas un leurre, une démarche absolument hypocrite ?
Difficile de trouver un seul sens, une seule réponse aux questions que soulève ce long-métrage ambitieux dans la forme comme dans le fond. Nous sommes là devant une œuvre ouverte à de nombreuses interprétations, une œuvre d’art tout simplement. Tourné dans un véritable hôpital psychiatrique avec une majorité d’acteurs non professionnels et des scènes laissant place à une certaine improvisation et un jeu libre, Here déroute, intrigue, gêne peut-être aussi. Il ne peut en tout cas pas laisser indifférent.
Au niveau de l’ambiance on se croirait dans une vidéo de la Dharma Initiative de la série Lost. Tout est étrange, presque absurde. Les personnages sont faussement réels, participent à un documentaire dans le film, répètent des actes du passé sur commande… Beaucoup de répétitions, de moments d’absence, de confessions et de protagonistes mystérieux. Here est un projet qui questionne aussi sur l’espace et le temps. Les gens sont là sans être là, ils n’ont plus vraiment leur tête. Ils ne sont pas à l’extérieur ce qu’ils sont forcément à l’intérieur. La confusion est partout. Prendre son ticket pour ce film, c’est accepter de s’immerger dans une aventure cinématographique aussi bizarroïde que jouissive. De par sa criante maîtrise et son originalité, Here nous fait aller très loin.