Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Copyright : Memento Films
UN FILM DE CHERIEN DABIS
Alors que les territoires palestiniens sont sous occupation, Muna (Nisreen Faour) et son fils Fadi (Melkar Muallem) décident de partir tenter leur chance aux Etats-Unis. Ils sont hébergés dans l’Illinois chez la sœur de Muna, Raghda (Hiam Abbass), qui vit avec son mari américain et médecin et leurs enfants. Très tôt, les espoirs volent en éclat. Alors que l’armée américaine sévit en Irak et que le traumatisme post 11 septembre règne, nombreux sont ceux à devenir parano. Muna et Fadi ne sont pas musulmans mais personne ne fait la différence, et puis même s’ils l’étaient qu’est-ce que cela voudrait dire ? Quand l’Amérique d’en bas balance ses préjugés et ne prend pas les gens pour ce qu’ils sont, l’intolérance fait des ravages. Victime de railleries dans son nouveau lyçée, Fadi perd ses illusions et se rebelle. De son côté, sa mère doit faire face à des problèmes d’argent. Personne ne veut d’elle dans une banque malgré ses diplomes et son expérience de dix ans. Elle décide alors de travailler dans un fast food (qui s'appelle "White Castle" haha) et fait croire à son entourage qu’elle a trouvé un poste prestigieux. Portrait d’une famille qui peine à s’adapter et à être acceptée par le modèle américain…
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2009, Amerrika vaut avant tout pour son sujet. Le portrait d’une mère courage, loin de tout pathos trop forcé, qui ne sait plus quelle est sa nationalité, qui n’a plus de repères et tente d’évoluer dans une Amérique très peu chaleureuse. Surfant sur un sujet encore d’actualité, Amerrika propose donc un regard sur le monde et la société contemporaine et livre une critique plutôt subtile (bien que peu originale) des Etats-Unis. L’armée, la censure aux infos, l’intolérance…Nombreux sont les thèmes abordés avec un regard assez personnel.

Si la photographie du film est un peu cheap et que la réalisation n’a pas de quoi nous clouer sur notre fauteuil, ce long-métrage typiquement indé séduira les amateurs du genre, friands de quêtes identitaires, de questionnements sur notre monde et de beaux personnages. Les personnages parlons-en : c’est sans doute la plus grande réussite du film. Muna est un personnage en or, terriblement attachant, drôle de naïveté par moments et toujours touchant. Chaque protagoniste existe ici et permet à Amerrika d’être une œuvre en un sens humaniste.
Cherien Dabis critique mais impose aussi et surtout une grande douceur. Un étonnant mélange entre social et feel good movie. Voilà qui promet un moment de cinéma des plus agréables et pas du tout futile.
Film sorti le 17 juin 2009