Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Copyright : Les films du Losange
UN FILM DE JACQUES RIVETTE
En panne sur la route, Kate (Jane Birkin) est aidée par un italien inconnu qui ne le restera pas longtemps : Vittorio (Sergio Castellitto). Ils vont dans la même petite ville de Province où Kate doit rejoindre une troupe de cirque. Troupe à laquelle elle a appartenu, troupe qu’elle a aussi fui il y a une quinzaine d’années pour des raisons mystérieuses. L’objet de son retour ? Le décès récent de son père, chef de la petite bande. Le retour aux sources est difficile pour cette femme secrète et tourmentée : on a l’impression qu’elle traine avec elle de tenaces fantômes. Vittorio se prend d’affection pour elle et se laisse séduire par l’univers aussi fascinant qu’attendrissant du cirque ambulant. Clown désabusé (Jacques Bonnaffé), jeune acrobate (Julie-Marie Parmentier) et autres personnages sont autant de merveilles à découvrir…
Jacques Rivette nous livre une œuvre plus courte que d’habitude et on comprend rapidement que ce 36 vues du Pic St-Loup est une sorte de respiration, de parenthèse dans son œuvre. C’est également le cas pour les personnages qui sont dans un entre deux et qui au gré des rencontres vont être amenés à s’interroger et peut-être évoluer. L’univers du cirque (même quand il est très modeste comme ici) est toujours fascinant sur un grand écran. On se laisse très vite charmer par la troupe et les seconds rôles sont particulièrement irrésistibles entre un Jacques Bonnaffé un poil têtu et triste et une Julie-Marie Parmentier dont la grâce singulière nous amène à regretter de ne pas la voir dans davantage de productions.

Si dans le cadre des spectacles du cirque les numéros se répètent, les personnages eux semblent vouloir fuir cette répétition. Mais pas facile d’échapper à ses sentiments, ses souvenirs. On découvre les joies et les peines de chaque protagoniste via le regard de Vittorio, homme un peu voyeur puis intrusif. Il y a beaucoup de moments tendres, l’ensemble est très séduisant, mais un point faible de taille est à noter : le personnage principal interprété par Jane Birkin. L’actrice n’est pas du tout dans son rôle, on peine à y croire et on finit par rester indifférent à ses malheurs. L’erreur de casting est évidente (ne pas y voir une attaque à Birkin qui est une actrice que j’apprécie beaucoup mais qui là en fait juste trop ou pas assez, bref elle n’est jamais dans la justesse).
Si forcément un désintérêt face au personnage principal est un problème fâcheux, étrangement cela ne nuit pas tant que ça à l’ensemble de 36 vues du Pic Saint-Loup qui témoigne d’une belle fraicheur et d’une délicatesses infinie pour la majorité de ses personnages.
Film sorti le 9 septembre 2009