Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Gaumont Columbia Tristar Films
Melissa est une ado sicilienne banale. Elle a 15 ans, va en cours et est très proche de sa grand mère trop cool qui danse et fume en écoutant de la variété. Alors que tout semblait tranquille, notre jeune brune se découvre un premier amour pour un garçon fortuné de son lyçée. Il est beau, fils à papa et pas très gentleman. En guise de smack, il lui propose de se mettre à genou pour s'occuper de son entre-jambe. La fellation plutôt que la passion...Melissa a du mal à s'en remettre et lorsqu'elle comprend qu'il n'y aura jamais de baiser ou de relation entre eux, elle désespère. Et comme si tout cela ne suffisait pas, sa grand mère se retrouve expédiée en maison de retraite et son père la délaisse totalement. A 15 ans, on a souvent la rage et l'envie de se révolter, Melissa ne va pas y échapper. Pour évacuer sa colère, elle va ainsi se lancer dans des aventures sexuelles de plus en plus décadentes.
L'histoire fait envie mais suscite dès le départ des réticences. Parler de la déchéance sexuelle d'une ado avec pudeur et justesse, cela n'est pas facile. Luca Guadagnino nous évite les scènes trash et préfère suggérer, c'est son choix et c'est tout à fait honorable. La situation est déjà assez alarmante comme ça : Melissa fait une partie à trois, se retrouve en pleine tournante dans une cave, rencontre un mec du net porté sur le SM...On assiste à sa perdition avec une certaine stupeur et on est tenté de se laisser emporté face au jeu de Maria Valverde qui n'en fait jamais trop. Son personnage est une paumée qui se cherche, qui essaie de trouver un échappatoir à ses problèmes mais qui au final se tue à petit feu.
Oui, on aurait pu franchement y croire. Mais on est obligé de se farcir de la musique teenager lourdingue, une mise en scène parfois clipesque, parfois franchement dégeu et pas maitrisée, et en bonus des acteurs secondaires pas toujours bon (notamment la mère de Mélissa, très peu expressive). Déjà que le sujet a été archi-traité et de manière plus prenante...Du coup, Melissa P perd en intérêt et se retrouve étiqueté comme un banal journal intime de jeune fille de plus avec supplément décadence.
Il y a pourtant du bon dans cette affaire : on comprend l'alerte de l'adolescente qui craque pour un beau salaud manipulateur. La scène où elle couche avec lui et son pote et qu'elle se sent forte provoque un réel malaise. Elle pense qu'elle montre sa force en faisant des gateries à ces mecs , qu'elle leur montre qu'elle n'est pas une gamine. Alarmant. On saluera aussi l'initiative du réalisateur de ne pas avoir sombré dans le pathos lors de la découverte de la mère concernant les ébats de sa fille. C'est pour cela que Melissa P ne mérite pas d'être considéré comme une adaptation foireuse d'un bouquin foireux ou tout simplement un navet. Il s'agit juste d'un film qui aurait pu creuser davantage et avec plus d'intelligence et d'intensité le malaise de l'adolescence. La vision un peu manichéenne du genre "Les mecs, c'est tous des porcs" ne plaira pas à tous. On ressort tout de même globalement satisfait de la séance, certain de ne pas avoir vu le film de l'année mais pas la énième version d'un American ou Mexican Pie non plus. A réserver aux accrocs d'histoires ados.