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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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Day night day night : un film explosif


Crédit Photo : ID Distribution


Une femme ou une fille ? On ne saurait trop donner d'âge à l'héroine de Day Night Day Night. Le film s'ouvre sur elle, en train de chuchoter à toute vitesse. Elle va faire quelque chose de terrible mais elle le fait pour lui. Lui, qui ? On ne sait pas et ne comptez pas sur Julia Loktev pour vous le dire : un petit ami, un ami ou peut être même Dieu. Allez savoir. La fille (dont on ne connaitra jamais le prénom) , attend. On l'appelle, elle répond avec douceur et politesse. On l'enferme dans une chambre. Que fait-elle dans cette galère ? Qui sont ces gens pour qui elle semble bosser et qui sont cagoulés ? Le pourquoi n'a pas d'importance , on en est donc certain au bout de quelques minutes de pellicules écoulées. La réalisatrice s'intéresse au comment, aux petits détails. La fille va mourir, on le sent. On observe donc ses derniers instants, le compte à rebours est lancé. Dans son étroite chambre (idéale pour plonger le spectateur dans un sentiment de claustrophobie) , elle angoisse et nous fait angoisser avec elle. Elle ne fait rien de passionnant, elle vit , pour une dernière fois. Elle se coupe les ongles, se savonne avec force. Des détails. Des détails qui permettent au spectateur de rentrer dans son intimité, de s'identifier à cette fille qui fait ce que tout être humain fait. Parfois aussi elle joue, pour décompresser. Comme une fillette.


Et puis, on comprend : elle est volontaire pour un attentat suicide. Le temps passe, on est de plus en plus stressés. Et vient le moment de se préparer à sortir. On assiste à une séance d'essayages absolument tordante car il faut la relooker pour qu'elle se fonde dans la masse. C'est drôle de voir ces hommes cagoulés juger ses tenues. Mais on explose pas de rire car on stresse, encore. L'étape relooking passée, on lui donne un sac bourré d'explosifs, elle doit juste appuyer sur un bouton pour que tout saute, elle avec. Simple. Plus le temps de penser, il faut donc maintenant passer à l'action. Au revoir lugubre chambre, bonjour l'extérieur.



Notre amie se retrouve dans Times Square , au milieu de la foule. La caméra s'agite, nos nerfs aussi. On est frappés : avec ses nouveaux habits, l'héroine ressemble à une petite fille. En fait ce n'est qu'une enfant. Le sacrifice s'annonce d'autant plus douloureux. Elle va devoir appuyer sur ce satané bouton. En attendant, elle traine. Elle consomme comme pour se sentir vivante, elle regarde les marchés ambulants,elle s'extasie devant des bonbons, elle croque une pomme d'amour comme la vie à pleine dent...


La suite je ne vous la dirais pas, ce serait un sacrilège. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce film est le plus nerveux et angoissant que j'ai pu voir depuis des lustres. Tension permanente, attachement sans bornes à ce personnage mystérieux. Les clés de la réussite viennent de Luisa Williams qui livre une performance d'actrice époustouflante et aussi et surtout au son. Car ici le son est tout simplement démentiel. Il montre la vie, le mouvement, le danger. Le son s'amuse avec nos émotions, nos nerfs. Voilà un film libre, une réalisatrice qui montre ce qu'elle veut et qui n'en a pas peur. En évitant le "pourquoi", elle en frustrera certainement beaucoup. Moi même je suis ressorti de la salle un brin frustré. Mais en même temps on en ressort tellement retourné ! Et plus on y pense et plus on a envie de lui donner raison. Chapeau Julia Loktev !

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