Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit : Sophie Dulac Distribution
C'est l'histoire d'un garde du corps, un mec qui a la quarantaine et qui s'ennuie. Non, non, ne partez pas tout de suite, ça va devenir intéressant ! Bon, il est vrai que El Custodio prend son temps. On suit le pauvre Ruben dans son travail quotidien. Il est le garde du corps d'un politicien très médiatisé et doit veiller à sa protection. Il le suit, il l'attend, il s'emmerde. Aucune complicité n'existe entre les deux hommes, Ruben est toujours mis de côté, quand son patron va dans un endroit important, il doit rester derrière la porte. Regard de chien battu pour un homme que l'on traite comme un chien, une sorte d'esclave moderne. On pourrait s'insurger de la situation de cet homme dont la vie est rasoir au possible.Mais après tout, il en faut bien des gardes du corps. On se dit que personne n'est vraiment responsable, que la vie est juste mal faite. Et puis, petit à petit, les choses basculent dans l'horreur. L'horreur humaine, celle où le politicien se moque de son garde du corps ,lâchement, où le respect n'est plus. Ruben fait de la peine. Il ne parle pas, regarde à droite, à gauche, il est réservé. Il observe, il dessine des portraits. A défaut de vivre sa vie, il contemple celle des autres. Pas forcément avec envie. Lorsque son patron lui demande de faire le portrait de son ami, il le traite comme une petite bête. Ce n'est que le début de l'humiliation. Une humiliation qui n'est pas frontale , ce ne sont que des petits riens, mais n'est-ce pas ce qui souvent fait le plus mal? La fille du politicien se moque de lui en jouant avec ses nerfs, en faisant des cochoneries avec son petit ami dans la voiture. Ruben n'est rien, il est une ombre errant de pièce en pièce. Pas de perspective, pas d'espoir au bout du couloir.
Heureusement , se dit-on, la vie ne se résume pas au travail. Même si celui-ci est permanent. Mais ce pauvre Ruben, une fois son appartement retrouvé, doit faire face à une famille paumée. Une nièce qui rêve d'être chanteuse et qui n'a aucun talent (elle se ridiculise en chantant dans un restaurant), une famille inintéressante et dépouillée de toute soif de vivre. C'est la misère tout autour de lui. Plongé dans un cercle vicieux, que pourra faire Ruben pour s'échapper, pour vivre, être quelqu'un à part entière ? A la toute fin, le réalisateur Rodrigo Moreno, apporte la réponse. El custodio est donc un film triste, formidablement interprété mais qui pêche un peu par un rythme mou du genoux (le problème est toujours le même quand l'on veut représenter la fadeur de la vie). Il implique en tout cas bien le spectateur qui est amené plusieurs fois à voir le monde du personnage principal avec ses propres yeux. On est loin de La Mélodie du bonheur mais voilà une oeuvre intéressante sur un homme qui pourrait bien aller vers le côté obscur du couloir.