Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Guacamole Films
Bienvenue dans la forêt de Misiones, dans le nord-est de l'Argentine où des gens vivent dans des conditions plus que précaires. Ils n'ont aucun moyen, galèrent à trouver du travail mais ils n'ont pas l'air malheureux. Parmi eux, on retrouve le candide Tati Benitez qui voue un culte au footballeur Diego Maradona. Il a attendu des années pour avoir un fils et l'appeler Diego, il vit par procuration les exploits de son héros, il rêve devant un faux autographe de sa star. Dans son village, tout le monde accepte sa passion et le chambre volontiers. En se baladant dans la forêt, Tati trouve un tronc d'arbre qui pour lui représente son idole. Il en fait une statue et veut l'envoyer dans un musée mais n'y parvient pas. Le temps passe et un jour le choc arrive : Maradona est hospitalisé et à la télévision on laisse entendre que cela pourrait être grave. A Buenos Aires, des milliers de gens prient pour lui. Tati décide de partir sans trop d'argent pour essayer de rencontrer son Dieu, sa statue sous le bras. C'est le début d'un voyage initiatique riche en rencontres.
El Camino de San Diego est un film vraiment touchant. Touchant pour son personnage principal , Tati Benitez, qui a le regard qui brille dès que l'on prononce le nom de son héros. Touchant pour tous les autres personnages qui ont des joies et des ambitions simples et qui tentent de survivre à l'écart de tout. La mondialisation sévit, le marché noir s'organise, le rêve est l'échappatoire idéal. Tati rencontre des désaxés qui ont bon coeur et qui font tout pour l'aider à réaliser son rêve. Oui, Tati est naïf mais Carlos Sorin n'en fait pas des tonnes et parvient ainsi à nous le rendre sympathique dès les premiers instants. Par rapport à Bombon el perro, ce long-métrage se révèle bien plus coloré et maitrisé. Le décor de la forêt permet au réalisateur de livrer quelques plans d'une grande beauté. Partant d'une intrigue assez basique et un brin farfelue, Sorin incorpore des tas de sous-thèmes absolument passionnants. On pourra ainsi voir par exemple lors d'une scène un débat artistique autour de la statue de Tati (ou la place de l'art et sa représentation chez les plus démunis). Le pouvoir des médias sur les gens modestes, la croyance (religieuse, dans les esprits avec la diseuse de bonne aventure, en son idole), les faux-semblants : autant d'élements et de sujets traités avec brio dans une oeuvre dépourvue de prétention et qui fait mouche du côté de l'émotion. Les films les plus simples sont parfois les plus réussis. Preuve en est ce Camino de San Diego.