Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Shellac
Pierre (Michaël Youn) est un chauffeur de salle bourré d'énergie. Il sort des vannes lourdingues et veille à ce que le public des émissions débiles pour la ménagère de moins de 50 ans soit enthousiaste, rit ou siffle selon les gestes de ses mains. Pierre est un marrant, un clown. Mais ce statut ne lui plait pas, ne lui correspond pas. Dans le fond, Pierre ne rêve que d'une chose : être pris au sérieux et chanter des chansons de son idole : Clovis Costa (une sorte de Johnny bis interprété par Patrick Chesnais). Un jour, Pierre pête les plombs et kidnappe la star. Dans son appartement glauque, il menace de tuer Clovis si le Président de la république ne l'appelle pas en personne et si un concert n'est pas organisé. Un concert où il pourra chanter avec Clovis devant un public en délire. La tension monte, les flics attendent devant chez lui : il parait que les histoires d'idoles finissent mal. En général.
Le film commence sur des images d'un public riant aux éclats mais apparaissant comme menaçant. Dès le départ , Bruno Merle instaure une ambiance malsaine qui laisse présager le pire. Et on comprend que l'on n'est pas là pour se marrer dès que l'on découvre l'appart de Pierre. La photographie du film est glauque au possible, Youn prête ses traits à un mec totalement fêlé, claustro, un brin schizo. Dès les premières minutes, Héros s'avère être un film particulièrement éprouvant et assez cheap. On hésite à rentrer dans l'univers très sombre qui nous est proposé, on sent la crasse. Et puis ,petit à petit, on est surpris de découvrir un Michaël Youn assez touchant. Doté de plusieurs degrés de lecture, le film de Bruno Merle suscite à maintes reprises de l'émotion. On a des petits pincements au coeur pour le personnage de Pierre, incompris, loser de première. Et puis on se rend compte que ce long-métrage ne parle pas que de ça. Il parle aussi de la difficulté d' avoir sa chance, d'être entendu. On a trop tendance a placer les gens dans des cases , à n'avoir d'yeux que pour des choses formatées. Comme si un chauffeur de salle ne pouvait pas avoir d'autres attentes. On ne peut bien sur pas éviter le parallèle avec la propre situation de Youn qui essaie de se rapprocher vers le cinéma d'auteur Made in france.
Mais là où quelque chose se passe, c'est lorsque le personnage de Pierre s'adresse directement à la caméra. Lors d'une scène où il négocie avec la Police, Pierre demande au réalisateur ce qu'il veut pour lui. Bruno Merle répond qu'il veut plus de moyens pour faire son film. Constat d'un cinéma qui peine à se construire et à exister car il n'est en rien une fiction de prime time formatée pour TF1. Critique de tout un système, Héros est un film riche, plein de bonnes idées, inspiré. On sent une véritable envie de faire du cinéma, un plaisir d'être derrière la caméra (qui entraine parfois des fautes de goûts, des effets inutiles, comme le split-screen). C'est une expérience de cinéma, une expérience douloureuse, troublante. L'autre facette du show bizz, celle des has been, de ceux qui restent dans l'ombre, face à eux-mêmes et à leurs rêves dictés par des médias sans scrupules. Une oeuvre singulière et prometteuse.