Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Diaphana Films
Ca commence comme un conte de fées. Hermila (Hermila Guedes) a un enfant d'un homme qu'elle aime. Elle nage dans le bonheur, filmée par une vieille caméra. Cet enfant est né d'un amour passionné, pour lequel Hermila a fuit sa campagne afin de vivre à Sao Paulo. La voilà de retour au bercail, seule avec son enfant. L'homme de sa vie la rejoindra dans quelques jours. Sa famille est heureuse de la retrouver malgré le souvenir de son départ précipité. Sous une chaleur de feu, Hermila attend. Elle attend des nouvelles de son mari, elle voudrait montrer à tous ces gens qu'elle a réussi en partant loin du trou perdu où elle est née. Mais son chéri ne répond plus au téléphone et ne vient pas. Elle va apprendre brutalement que c'est fini. Du jour au lendemain, elle devient une mère célibataire, une fille pas mieux que les autres, qui a cru qu'elle pouvait échapper à sa condition initiale mais qui a échoué. Dans un premier temps, elle décide d'oublier : elle fait la fête, organise des loteries, couche avec le premier mec qui la drague (et qui accessoirement a eu un véritable coup de foudre pour elle). Puis elle décide de reprendre ce qui lui reste de sa vie en main. Elle veut partir. Loin. Le plus loin possible. Mais pour partir, il faut de l'argent. Et elle n'en a pas. Une idée farfelue lui vient alors à l'esprit : elle va organiser une loterie où le gagnant remportera "une nuit au paradis". Comprendre, une nuit avec elle (rebaptisée pour l'occasion Suely). Prostituée mais pas trop. Dans le village, les mauvaises languent vont rappliquer illico, prêtes à gacher son plan d'évasion.
Le ciel de Suely nous entraine sous le soleil du Brésil. Sur notre petit fauteuil, on ressent la chaleur. On ressent aussi la situation précaire de ces gens sans grand avenir et dont les rêves peuvent paraitre bien simples pour des parisiens blasés. C'est un voyage et en même temps une rencontre. Une rencontre avec une jeune femme courageuse qui croit au bonheur et au hasard. Dans la vie de Hermila, tout semble lié au hasard, au destin. La vie est un jeu où parfois il faut provoquer la chance. Elle a craqué pour le père de son enfant ,comme ça, instantanément, elle est partie brutalement de la maison familiale, elle revient sans grande raison dans la petite ville de son enfance. Elle vit dans l'urgence, dans le moment présent. Elle organise des loteries, finit par se mettre elle-même en jeu. Qui sera le gagnant ? Y en aura-t-il un ? Va-t-elle réussir à partir loin? Partira-t-elle seule ou avec un nouvel amour ? Le réalisateur , Karim Ainouz, s'amuse à nous laisser imaginer toutes sortes de possibilités, joue avec les probabilités. Hermila n'a pas le temps d'attendre que la chance tombe du ciel, elle essaie de la provoquer comme elle peut. Film humble avec une caméra sous le charme de son actrice principale, Le ciel de Suely est une oeuvre qui a du coeur, qui ne s'attriste jamais trop sur le sort de ses personnages et qui n'hésite pas à prendre quelques respirations. Des scènes contemplatives joliment filmées ponctuent le portrait de cette mère courage aux allures d'adolescente. On ressort de la salle, heureux d'avoir assisté à une tranche de vie pleine d'humanité.