Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : TFM Distribution
See-Hee et Ji-Woo s'aiment depuis deux ans. Mais voilà, le temps passe, la lassitude s'installe et le doute arrive. Les ébats sexuels ne sont plus ce qu'ils étaient, See-Hee est rongée par la peur qu'un jour son grand amour l'abandonne pour aller fricoter avec une autre. Dans la rue, elle tombe par hasard sur une jeune femme qui sort d'un cabinet de chirurgie esthétique. Après une énième crise de jalousie soldée par une dispute avec son companon, See-Hee décide de se faire opérer. Pour vaincre le temps, elle va changer de visage afin de conquérir à nouveau Ji-Woo. Mais l'opération dure 6 mois. Six longs mois où elle disparait du paysage et laisse l'homme de sa vie seul, persuadé qu'elle l'a abandonné. Elle attend que son visage cicatrise, elle l'épie, puis elle revient dans sa vie. Comment réagira Ji-Woo lorsqu'il réalisera que sa nouvelle compagne est également son ex qui lui manque tant ? Peut-on aimer toute la vie dans notre société où l'apparence et le désir physique faussent tout ?
Once upon a Time...Le nouveau film de Kim Ki-duk est un conte moderne qui nous confronte au regard que nous portons sur les apparences. See-Hee est une princesse d'aujourd'hui, évolue dans un milieu high tech et huppé. C'est peut-être bête mais il est vrai que souvent lorsque l'on va voir un film asiatique on s'attend à trouver des plans sur la nature, une absence de dialogues, une certaine sérénité. A bas les clichés : Time montre des coréens branchouilles et très bavards, victimes comme nous tous de la société de consommation et du rapport complexe au corps dû à la dictature de la perfection physique provenant des magazines. En cela, nous sommes bel et bien devant une histoire universelle. L'histoire d'une jolie fille pour qui le "miroir mon beau miroir" ne passe que par le regard de son compagnon. Sa jalousie compulsive va l'amener a effectuer une violente opération qui ne manquera pas de fausser pour de bon sa relation qu'elle affectionne tant. Car jouer avec la nature n'est jamais une bonne chose.
Cette oeuvre commence un peu comme un soap ou une banale comédie de trentenaires célibataires avec en prime un côté Nip/Tuck. Ca ne pourrait être que cela si ce n'était pas Kim Ki-duk derrière la caméra. Le réalisateur des géniaux "Printemps, été..." et Locataires arrive à insuffler de la poésie dans les plans. Esthétiquement, Time est en effet très réussi et ses couleurs pâles associées aux jolis plans rendent le parcours de ce conte très agréable. Par romantisme, on peut tous aller très loin, trop loin. See-Hee s'en rendra compte peut être trop tard et devra affronter de violentes conséquences. Plus le temps défile sur l'écran , plus le doute et les regrets s'installent, plus la folie guette nos héros des temps modernes. A trop chercher la petite bête dans le présent, on se le gâche et ce présent provoquera alors quelques mois plus tard une brulante nostalgie. A vouloir controler l'incontrolable (l'amour) , on se risque à s'égarer pour de bon et ne plus pouvoir glisser sa main dans celle de l'autre. Cette main, dans Time, c'est celle de Ji-Woo, taillée comme un gant pour celle de See-Hee. C'est aussi celle de l'oeuvre du Parc des statues où le couple a tant de souvenirs. Une main associée à des marches qui n'aboutissent à rien. La morale fera mal.