Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédits Photos : Diaphana Films
Indochine, 1931. Dans le Golfe du Siam, au bord de l’Océan Pacifique, une femme (Isabelle Huppert) tente de survivre avec ses deux enfants, Joseph (Gaspard Ulliel) et Suzanne (Astrid Berges-Frisbey). Et autant dire que cela n’est pas évident : toutes les économies ont été placées dans une terre constamment inondée et par conséquent incultivable. Abusée par l’administration coloniale, escroquée par les bureaucrates, passant son temps à supplier le cadastre de lui laisser un peu de répit : notre femme commence sérieusement à fatiguer. Toujours courageuse, elle se lance dans la construction d’un barrage avec l’aide des paysans du coin. Quasiment ruinée, la famille retrouve un peu espoir en faisant la connaissance de Monsieur Jo (Randal Douc). Il est le fils d’un riche homme d’affaires chinois et a comme un coup de foudre pour la jeune Suzanne, encore mineure. Un mariage avec elle serait une aubaine pour la famille en crise. Mais Monsieur Jo n’est pas du genre à se plier aux volontés des autres…
On attendait beaucoup de ce projet : adaptation du célèbre roman de Marguerite Duras, Rithy Panh (documentariste très estimé) derrière la caméra, Isabelle Huppert dans le rôle principal…Et pourtant on ressort de la salle avec une certaine déception. Si la réalisation n’est pas vilaine et tire quelques jolis plans de ce décor sauvage, l’académisme est malheureusement de mise. On est complètement dans une œuvre feuilletonesque et les surprises et audaces se font rares. Bien sûr, Isabelle Huppert est superbe comme à son habitude et apporte toute sa force à un personnage meurtri. L’interprète de Suzanne, Astrid Berges-Frisbey ne manque pas non plus de charme. Pour ce qui est de Gaspard Ulliel, il nous montre ses muscles impressionnants mais se cantonne à un rôle de garçon sexy et sauvage (donc attendu). Grâce à un casting bien pensé le film se suit donc sans déplaisir et le tout passe relativement vite malgré quelques maladresses.

Le personnage de Monsieur Jo est en effet assez particulier. Doté de répliques auxquelles on croit rarement (« Oh Suzanne montre-toi nue et je t’achèterai un phonographe » , « Oh Suzanne , je crois que je vous aime », « Oh Suzanne, je n’ai jamais ressenti ça pour personne », « Oh Suzanne vous me rendez fou »)…Personnellement ce côté « tordu borderline » du personnage m’a bien fait marrer et par moments on se demande si c’était si involontaire que ça. Car Rithy Pahn semble bien s’éclater avec cette intrigue de la Lolita Suzanne qui peut sauver sa famille en se mariant avec un homme de pouvoir. L’ado se mue en petite peste, la mère et le frère sont prêts à la vendre comme un bout de viande…Mais finalement les bons sentiments reviendront. On regrettera un certain manichéisme : les pauvres sont gentils, le riche est méchant…
Le long-métrage de fiction de Rithy Pahn se fait plus intéressant quand il propose une variation sur le thème de la possession. Qu’est-ce que posséder une terre ? Qu’est-ce que posséder quelqu’un ? L’appartenance à la famille…Un barrage contre le Pacifique est donc loin du chef d’œuvre mais aussi loin du navet. Une œuvre sympathique, légèrement dépaysante et globalement convaincante dans son incarnation. A réserver aux spectateurs friands du genre.