Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : Ad Vitam
Une banlieue résidentielle privée, sur la Côte. Des gens bourgeois à l’écart des maux du monde, du moins le croient-ils. Georges Clou (Sergi Lopez) voit son quotidien ébranlé lorsqu’il découvre que son fils (Laurent Delbecque) nage en pleine dépression. Ni lui, ni sa femme Hélène (Nathalie Richard), ne parviennent à sortir cet adolescent de sa chambre. Le manque d’argent est un fléau qui engendre la révolte mais le fait d’avoir de l’argent créé aussi des problèmes comme des soucis d’insécurité, un quotidien étouffant, trop éloigné des réalités. La « réalité », on l’entend à la télévision ou à la radio où l’on évoque les émeutes violentes de 2005. Alors que le climat s’assombrissait déjà pour la famille Clou, leur rencontre avec leur nouveau voisin fortuné, Paul Marteau (Jean-Marc Barr) va sans qu’ils s’en doutent briser leur existence…
Arnaud des Pallieres nous livre avec Parc un film extrêmement ambitieux. Réalisation, scénario, montage : l’auteur s’investit corps et âme dans l’adaptation du livre Bullet Park de John Cheever. Ceux qui sont hermétiques au cinéma auteuriste français et aux narrations alambiquées auront sans aucun doute du mal avec cette œuvre énigmatique et déstructurée mêlant passé et présent, voix off littéraire et réflexions philosophiques. Construit comme un conte d’une rare cruauté, Parc dresse un portrait sans concession d’une certaine bourgeoisie qui finit par tellement s’ennuyer et se renfermer sur elle-même qu’elle ne peut échapper à la folie ou la tragédie. Le réalisateur assume ses partis pris : il prend son temps, accorde une importance toute particulière à la forme, multiplie les métaphores (plus ou moins douteuses, surtout en ce qui concerne la Religion), laisse volontairement planer le doute, revendique les trous et zones d’ombres.
C’est une véritable expérience sensorielle qui nous est ici proposée. Arnaud des Pallieres joue beaucoup avec le son pour laisser le malaise de ses personnages envahir le spectateur. Souvent plombant, dépressif, parfois pompeux : ce long-métrage n’est pas des plus faciles d’accès. Pourtant il émane de l’écran une énergie, un univers qui nous enveloppe pour ne plus nous lâcher, même après la projection. Cruel, dérangeant, sensuel, nombriliste, poétique, volontairement alambiqué : Parc secoue par la beauté de ses plans, pour son ingénieux montage et son portrait finalement juste d’une certaine partie de la société. Tantôt humble ou clinquant, toujours servi par un casting irréprochable, voici une œuvre atypique et audacieuse qui ne manquera pas de susciter l’intérêt de spectateurs friands de réflexions existentielles et sociales. Un petit choc, inégal, mais marquant. Pour public averti.