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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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Frozen River : femmes précaires


Crédit Photo : Rezo Films


La vie de Ray (Melissa Leo) n’a rien de réjouissant. Elle vit dans une maisonnette à la frontière du Canada, peine à joindre les deux bouts et doit composer avec un mari flambeur. La situation s’aggrave lorsque ce dernier disparaît suite à une violente engueulade. Ray se retrouve seule avec ses deux garçons (un ado et un petit) et perd l’espoir d’acheter le mobile home qu’elle convoitait. Attendant depuis deux ans une promotion dans son mini centre-commercial, l’argent ne semble pas prêt à tomber pour elle. Puis Ray rencontre Lila (Misty Upham), une jeune femme qui a volé la voiture de son joueur de mari (il avait laissé les clés dedans avant de prendre la fuite). Le courant ne passe pas vraiment entre les deux femmes. Lila vit dans une caravane, elle est d’origine Mohawk et s’est fait piqué son bébé par sa mère ! Si Ray et Lila sont d’abord dans une relation conflictuelle, elles vont devoir apprendre à se faire confiance. Car elles décident ensemble de faire passer des immigrés contre de coquettes sommes d’argent. Mais pour effectuer ce trafic, elles doivent traverser en voiture un lac gelé. Le danger de la Police prête à les attraper, la menace du lac prêt à craquer. Tout cela peut-il bien finir ?

 

Affiche mensongère décrivant le film comme un thriller, Frozen River se révèle être un drame social et intimiste, dans la pure tradition du film indépendant américain (pas étonnant que cette œuvre ait été plébiscitée à Sundance pour le Grand Prix). Peu de moyens, un gros grain à l’image, des actrices naturelles, un coin paumé, la galère…On ne peut pas dire que le film de Courtney Hunt renouvelle quoi que ce soit. Mais ce long-métrage n’a pas besoin de bousculer un genre balisé pour séduire. En se reposant avec intelligence sur son duo d’actrices, la réalisatrice délivre des moments poignants et empreints d’une belle justesse.

 

Le lac gelé, c’est aussi le symbole de la situation des deux femmes. Deux femmes dans une situation précaire mais qui font tout pour survivre. Deux êtres qui vont finir par briser la glace entre elles et aller contre la légalité. Entre portrait subtil de gens marginalisés (les scènes sur la famille de Ray et le quotidien de ses deux garçons sont particulièrement bien amenées) et tension permanente face aux dangers avec lesquels flirtent les deux personnages principaux, Frozen River captive rapidement et ne manque jamais de souffle. On retiendra surtout le lien fragile entre ces deux femmes, une amitié très particulière qui nait dans le plus grand des chaos. Une œuvre attachante.

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