Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Dernière saison pour la série culte de Ilene Chaiken. Huit épisodes pour clore une saga riche en émotions. Attention Spoilers.

Ce dernier chapitre commence fort avec l’annonce de la mort d’un des personnages principaux : Jenny Schecter (interprétée par la divine Mia Kirshner). Une enquête se prépare, tous les protagonistes sont réunis, sous le choc. Flashback. Nous retournons quelques mois en arrière. Jenny est en grand froid avec Shane (Katherine Moennig), qui lors de la fin de saison précédente l’avait achevée en embrassant sa partenaire, l’actrice bitch Niki Stevens (Kate French). La belle amitié entre Jenny et Shane semble bel et bien compromise malgré tous les efforts de cette dernière pour se faire pardonner. En résultera une situation inattendue : Jenny finira par lui avouer qu’elle est comme toutes les autres filles, amoureuse d’elle, la fuckeuse nonchalante. La saison 6 est ainsi celle de l’amour entre les deux amies, fantasme assouvi de beaucoup de fans. Une union aussi improbable que réjouissante : Shane étant extrêmement inconstante dans ses relations, incapable de se fixer et Jenny étant extrêmement sensible et névrosée.

Du côté des autres personnages, c’est la période des grandes interrogations. Bette (Jennifer Beals) et Tina (Laurel Holloman) veulent adopter un nouveau bébé mais se heurtent une fois de plus à un système et des familles particulièrement intolérants. Leur vie professionnelle connaitra de grands chamboulements et leur vie sentimentale sera fragilisée par l’arrivée d’une ancienne amie de Bette, la sexy en diable Kelly.
De leur côté, Alice (Leisha Hailey) et Tasha (Rose Rollins) voient leur couple sombrer dans une terrible routine et une forte incapacité à communiquer. Elles réalisent qu’elles ont très peu en commun si ce n’est l’intensité de leurs sentiments (ce qui compte quand même beaucoup). Leur histoire d’amour va connaître un nouveau souffle grâce à l’arrivée d’une nouvelle amie : Jamie. De nouvelles sorties, de la nouveauté tout court, le bonheur ? Non, car progressivement Alice va réaliser qu’il y a comme une attirance entre Tasha et sa nouvelle amie.

Helena Peabody (Rachel Shelley) pour sa part voit resurgir son ex qui l’avait traumatisée : Dylan. Cette dernière est prête à tout pour la reconquérir mais Helena ne semble pas apte à lui pardonner ses erreurs passées.

Le personnage transexuel de la série, Moira devenue Max (Daniela Sea), apprend pour sa part une nouvelle de choc : il attend un bébé ! Un transexuel enceinte, il fallait franchement oser. Cette intrigue secondaire est traitée avec une certaine subtilité et une grande intensité.

Enfin, Kit Porter (Pam Grier) s’investit à fond dans son nouveau night club. Et va sans s’en apercevoir trouver peut être enfin l’âme sœur…

Dès le premier épisode, ça sent la fin et on est assez triste en tant que spectateur. Les scénaristes exacerbent les failles des personnages, de nombreuses nouvelles intrigues se mettent en place, la complexité des sentiments est plus que jamais mise en avant. On a très peur face à tous les évènements qui se mettent en place : comment défaire tous ces nœuds scénaristiques en seulement huit épisodes ?
Au cœur du récit, Jenny. Celle avec qui on était entré dans l’univers des lesbiennes de Los Angeles a des différents avec chacun des protagonistes. Bon courage pour parvenir à cerner son personnage en cette saison. Dans l’épisode final, Bette la décrira comme "Complex, complicated, talented, very talented, self destructive, sometimes very generous but complicated, complex". Jenny est un personnage à la sensibilité extrême, une amie qui peut être loyale et une amoureuse passionnée. Mais c’est aussi et surtout une fille perdue, qui dépasse souvent les bornes et peut se révéler très manipulatrice.

Le dernier épisode l’accable terriblement et pourtant ,quand on y réfléchit, on peut bien la comprendre. Jenny menace Bette de montrer à Tina une vidéo compromettante d’elle et Kelly. Le spectateur sait que Bette n’a rien fait mais il sait aussi que ce que Jenny a vu prête à confusion. Les deux sont victimes d’un terrible malentendu. Jenny a volé les bobines du film « Lez girls », provoquant le licenciement de Tina. Lors de la saison 5, Jenny qui avait créé « Lez girls » s’était vue manipulée puis virée du tournage. Elle a perdu son œuvre la plus personnelle, son identité. Normal donc qu’elle désire se venger, elle n’était de plus pas censée savoir que cela engendrerait le licenciement de Tina. Jenny a piqué l’idée de scénario d’Alice. C’est fourbe. Mais elle a appris que le milieu du cinéma était peu vertueux, alors pourquoi se laisserait-elle marcher sur les pieds ? Jenny a caché à Shane une lettre que son ex lui avait écrite. Elle l’a fait car elle avait peur de la perdre.
Tout s’explique, Jenny Schecter a ses raisons, elle choisit souvent les mauvaises solutions. Ce n’est pas une sainte, elle va souvent trop loin mais personnellement je ne pourrais la détester. Car Mia Kirshner parvient toujours à lui donner cette incroyable sensibilité. Il suffit de se jeter dans son regard qui en dit tellement.

Mai qui a tué Jenny Schecter au final ? C’est là que The L word surprend vraiment. Nous ne le saurons peut-être jamais. Le dernier épisode nous offre de derniers moments aux côtés de nos personnages adorés mais il est assez incroyable dans sa volonté de ne rien vouloir résoudre. Ilene Chaiken ne voulait pas mettre de point final. Après la série, les personnages continueront leur vie, faite de hauts et de bas. Comme dans la vie réelle, tout ne peut être résolu aussi facilement. Alice se remettra-t-elle finalement avec Tasha ? Helena retrouvera-t-elle Dylan ? Shane se consolera-t-elle dans les bras de son ex ? Bette et Tina iront-elles vraiment à New York ? Comment se passera l’accouchement de Max ? Aucune réponse, on nous laisse l’imaginer. Cela peut paraître facile mais en fait non. C’est un moyen plutôt intelligent de laisser aux fans cultiver leur imaginaire, de ne pas imposer un sort définitif à des personnages qu’ils ont suivis et aimés des années durant.
Seul le sort de Jenny est scellé (mon personnage préféré). Et on ne sait pas comment sa mort est arrivée. Suicide face à un monde qu’elle ne comprenait plus, face à tous ses mensonges et ses découvertes qui pouvaient la conduire à un rejet d’elle-même et des autres ? Assassinat ? Bette est montrée deux fois, très troublée. Elle est la seule à avoir une mine coupable pendant l’interrogatoire, la seule à menacer Jenny violemment. Elle se dit prête à tout pour sauver sa famille. Mais Bette pourrait-elle vraiment tuer quelqu’un ? Etrange est aussi l’apparition de Niki derrière les buissons. Lors de l’interrogatoire, Alice parle bel et bien d’assassinat (la flic est d’ailleurs stupéfaite : comment peut-elle être sure qu’il s’agit d’un assassinat et non d’un accident ou suicide ?) Enfin, l’air complice de tout le cast réuni pourrait prêter à fantasmer sur une sorte de meurtre collectif…

Les hypothèses sont nombreuses, la fin subite. The L word se conclue sur bien des mystères. Une façon de nous dire que la vie reste un perpétuel mystère, comme l’amour ou la mort ? La tristesse est de mise face à la fin des aventures de nos belles héroïnes. Pour ma part, j’ai eu un grand plaisir à suivre ce dernier chapitre et cette fin inachevée va beaucoup jouer sur le fait que dans mon imaginaire elles ne s’éteindront jamais.
(Crédits Photos : Showtime)