Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédits Photos : Shellac
Alexi (Dimitry Kubasov) est un jeune homme particulièrement taciturne. Seul dans la forêt, il effectue son travail de bucheron. La forêt encercle un vaste lac. Après avoir décimé un arbre, nous découvrons Alexi se tortillant de façon frénétique dans la neige : il est épileptique. Où sommes-nous ? On ne sait pas. Puis nous plongeons dans le quotidien du jeune homme, nous découvrons sa relation tendancieuse avec sa sœur Hege (Natalie Rehorova). Frustrations, non-dits, pudeur extrême…Cette relation déjà fragile va être définitivement bouleversée par l’arrivée d’un mystérieux inconnu, pas du tout insensible au charme d’Hege.
Soyons honnêtes : je m’étais juré de ne pas aller voir ce film. Même si pas mal de personnes autour de moi s’enthousiasmaient autour d’Un Lac, je ne voulais pas m’y plonger. Car La Vie Nouvelle, précédent film de Philippe Grandrieux m’avait laissé un très mauvais souvenir de cinéma. Du sous Lynch à la française, venant d’un auteur souvent décrit comme un héritier de Tarkovsky. Mouais, La vie Nouvelle m’avait plutôt donné envie de mourir tant l’ennui et la prétention m’avaient asphyxié. Et pourtant…Alors que j’étais hier soir au MK2 Beaubourg pour voir Tokyo Sonata, la séance était déjà lancée. Restait donc Un lac et j’ai décidé de tenter le coup.

Je dois avouer avoir été impressionné par la beauté des premières scènes, extrêmement sensorielles, avec un travail bluffant sur le son, des gros plans à la fois poétiques et vénéneux. Philippe Grandrieux impose directement un univers, un cinéma exigeant, une réalisation puissante. Et tout le film durant on ne pourra que saluer la force de sa mise en scène : tout est archi-maitrisé. Il est ici question d’amour et pour la peine on a l’impression que Grandrieux est moins renfermé sur lui-même qu’auparavant, enfin une œuvre un peu plus accessible. Mais alors que la première partie s’avérait envoutante, riche en tension (sexuelle notamment), le charme allait retomber net par la suite.
Le scénario est extrêmement pauvre, les dialogues sont souvent proches du ridicule (surtout qu’ils sont prononcés avec un accent russe incompréhensible) et peu à peu le cinéaste retrouve ses vieux tics, ses ambiances floues, son univers noir et cauchemardesque. Et il recommence du coup à se branler tout seul dans l’obscurité et à nous laisser de côté. Dans ce cinéma qui ne vit que par l’image (intention louable), qui ne peut se voir que sur grand écran, Philippe Grandrieux semble vouloir innover, se démarquer. Mais si sa réalisation ne cesse de nous impressionner, son intrigue extrêmement basique nous renvoie plus vers le passé. En prenant moins la pose et en soignant autant son scénario que ses plans, Philippe Grandrieux pourrait certainement s’imposer comme un cinéaste majeur. Ce n’est pas encore pour tout de suite.
Film sorti le 18 mars 2009