Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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UN FILM DE ERAN MERAV
La vie de famille est loin d’être un rêve pour Zion (Reuven Badalov), jeune garçon qui approche de l’adolescence. Ses parents sont séparés, il vit avec sa mère (Ronit Elkabetz) et son frère Meir (Ofer Hayun). Le père appelle de temps en temps à la cabine téléphonique du coin. Sans présence masculine au foyer, la mère de famille est dépassée. Elle tente de reconstruire sa vie avec un honnête homme mais se voit traitée de « pute » par son fils ainé. Et Meir et Zion n’en finissent pas de se chamailler, s’engueuler, se battre. Alors que la famille implose, un tragique accident va plonger Zion et son frère dans le secret…
Observation par un enfant d’une famille brisée, Zion et son frère nous plonge dans une ambiance toute particulière. Dehors il fait chaud, les corps suent, le soleil tape et donne cette sensation d’évoluer dans une ville presque irréelle. Les thèmes musicaux donnent au film un côté atmosphérique et lui permet d’échapper au statut d’énième production sur l’enfance. Si la photographie est très belle, la réalisation ne cherche pas à en faire trop. Nous sommes là devant une œuvre modeste mais qui explore avec une certaine violence psychologique les failles d’une famille souvent à fleur de peau.

Très belle est la relation entre Zion et Meir. Comme tous les frères, ils passent leur temps à se chamailler pour des raisons plus ou moins stupides. Mais malgré les affrontements, il y a toujours ce lien du sang, cette complicité naturelle. Alors que Zion est persuadé de s’être fait volé ses chaussures et après avoir été tabassé par le présumé voleur, son frère fonce pour le venger. C’est ce qui les conduira à un évènement tragique, gardé sous silence pendant tout ce long-métrage très sensible. Meir est d’ailleurs un personnage assez passionnant : on le regarde par les yeux de Zion. Il nous apparaît à la fois beau, fort, étrangement sensuel, mais aussi capable de témoigner d’une violence sans limite, devenant subitement un monstre. Entre l’admiration et la crainte, l’amour et la haine, Zion est confronté à des sentiments contradictoires.
Le tour de force du film est de nous montrer les failles de chacun mais de toujours nous permettre de les comprendre. Meir peut être archi violent, extrêmement dur vis-à-vis de sa mère et de son nouvel amant. Mais comment ne pas le comprendre ? Son père lui manque, sa famille lui manque, il ne supporte pas de voir sa mère parader, d’être plus une femme séductrice qu’une maman. Tout cela conduit le jeune homme à se rebeller, à évoluer dans sa bande d’amis bêtes et violents. Meir se marginalise de plus en plus, reporte ses frustrations en agressant sa copine. On comprend aussi le point de vue de cette mère : elle veut penser à elle, trouver du soutien, s’échapper de son quotidien étouffant avec ses deux garçons.
Loin des conflits, se développent de temps à autres des parenthèses qui nous plongent dans l’intimité de Zion. Des moments de tendresse avec sa maman, une nuit magique à regarder des autocollants étoilés avec la copine de son frère…Voici un film vraiment attachant, qui met des personnages face à leurs contradictions. Qui montre une famille qui malgré tout s’aime dans la tourmente.
Film sorti le 5 août 2009
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