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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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Joueuse : La dame est la pièce la plus puissante ?



Copyright : Studio Canal


UN FILM DE CAROLINE BOTTARO

 

Hélène (Sandrine Bonnaire) mène une vie humble et discrète dans un petit village de Corse. Mariée à Ange (Francis Renaud), mère d’une adolescente un poil dans l’âge bête, elle passe ses journées à faire des ménages pour gagner sa vie. Un jour, elle aperçoit un couple d’américains en train de jouer aux échecs. La femme (Jennifer Beals) est en nuisette, radieuse. L’homme lui sourit. La partie semble être un délice, l’alchimie sensuelle des deux joueurs se répand. Pendant un bref moment, Hélène s’évade, elle se rêve en cette femme de classe, séductrice, égale à l’homme. Les échecs commencent alors à l’obséder, comme une sorte d’idéal lui permettant de s’émanciper. Mais alors qu’elle décide d’apprendre à y jouer, elle se retrouve seule, ne comprenant pas vraiment les règles. Hélène va oser demander à Monsieur Kröger (Kevin Kline), un particulier un peu radin chez qui elle fait de temps en temps le ménage , de lui apprendre à jouer. L’homme , vieillissant, solitaire et blasé, prend la demande à la rigolade. Il finira par accepter, Hélène étant prête à lui faire le ménage gratuitement pour être initiée. Au fil des leçons, la femme de ménage qui disait « oui » à tout se mue en femme de plus en plus réfléchie. Kröger ne tardera pas à avoir de la sympathie pour elle. Mais alors qu’Hélène vibre grâce à sa nouvelle passion, son mari lui reproche de ne plus être assez présente au foyer. Et les gens du village commencent à lancer des ragots…

 

Adaptation assez libre du livre de Bertina Heinrichs, Joueuse est avant tout un portrait de femme. A moins d’être totalement blasé, il est difficile de ne pas s’attendrir pour le personnage d’Hélène, qui a bataillé toute sa vie juste pour mener une vie modeste, qui ne s’est jamais plainte, qui a toujours tout donné au travail comme à sa famille, sans vraiment penser à elle. Il est donc ici bien question d’une « Femme courage », interprétée avec brio par Sandrine Bonnaire. Une femme qui rêve d’un ailleurs, qui récupèrera la nuisette oubliée d’une bourgeoise américaine pour se fantasmer en lady. Mais alors qu’un soir elle se met au lit avec cette belle lingerie, son mari ne la remarque même pas. Hélène est arrivée dans sa vie à un point où elle ne se sent plus exister. Sa curiosité pour les échecs va la ramener à la vie, lui redonner l’ivresse de la passion. Ce retour à soi est la première belle idée du film.




 

La deuxième belle idée est le rapport entre Hélène et Kröger. L’occasion d’aborder la transmission, un des plus beaux gestes de la vie. Kröger, homme renfermé, va initier Hélène aux échecs mais pas que. Il va lui ouvrir de nouveaux mondes, lui prêter des livres. Enfin Hélène pense à elle ! Et ce changement est en même temps une source d’épanouissement et une douleur puisque le respect qu’elle gagne auprès de Kröger s’efface alors qu’elle n’est aux yeux des autres que « la folle des échecs ». Portrait d’une femme qui veut prouver et se prouver qu’elle peut être autre chose qu’une femme de ménage, une maman ou une épouse, Joueuse est un film souvent sensible et émouvant qui nous plonge dans le quotidien de gens simples et à vifs, pour qui la vie n’a rien d’un luxe.

 

Il y a donc beaucoup d’éléments intéressants, positifs, dans ce premier long-métrage. Malheureusement, la réalisatrice Caroline Bottaro ne peut s’empêcher de tout surligner. On nous répète au moins trois fois que « La dame est la pièce la plus puissante » pour bien nous faire comprendre qu’Hélène est en quête d’émancipation. Le personnage principal se retrouve à créer des minis échiquiers avec des miettes de pain au resto (!) ou avec ses produits de beauté dans la salle de bain pour bien nous faire comprendre qu’elle est obsédée par le jeu…Et Sandrine Bonnaire nettoie un carrelage en forme de damier…Ces lourdeurs de styles, ce manque de subtilité, viennent un peu gâcher le plaisir ressenti face à une œuvre qui aurait gagné à rester davantage dans la sobriété. Le divertissement est toutefois tenu donc on ne fera pas la fine bouche…

 

Film sorti le 5 août 2009

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