Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Copyright : Le Pacte / Marcel Hartmann
UN FILM DE ELIA SULEIMAN
Nazareth, 1948. L’occupation israélienne fait rage et dans la rue les peurs se mêlent à la révolte pour les palestiniens. Le jeune Fuad (Saleh Bakri) traficote des armes et vient en aide aux gens agressés dans la rue. Mais il se fait attraper et devra bien accepter au fil du temps de devenir un de ces « arabes israéliens » qui vivent pourtant sur leur propre Terre. Si la politique et le conflit ne sont jamais loin, Fuad fonde une famille et savoure des moments simples de la vie quotidienne. Mais comment se construire quand on n’est pas vraiment reconnu, quand on ne se sent jamais vraiment légitime sur son territoire ? Ce malaise identitaire se développera aussi chez Elia (joué adulte par le réalisateur lui-même), fils de Fuad…
Une fois la scène d’introduction un peu maladroite passée, Le temps qu’il reste crée la surprise. Saga familiale palestinienne de 1948 à nos jours, le film pouvait être attendu comme un témoignage violent d’une communauté en pleine crise identitaire. C’est le cas mais d’une façon complètement décalée. Se basant sur ses souvenirs d’enfance, de mémoires de son père ou de lettres familiales, Elia Suleiman livre une œuvre en grande partie autobiographique et donc très personnelle. Cela apporte déjà la garantie d’un film aux personnages bien pensés, humanisés, et pas seulement une œuvre politique qui ne serait alors réservée qu’à un public averti.

Mais là où Le temps qu’il reste s’avère assez sidérant, c’est qu’il va bien plus loin que mêler l’universel, l’histoire d’une communauté marginalisée malgré elle et une histoire de famille presque ordinaire. L’admiration vient d’une mise en scène originale, extrêmement colorée qui flirte sans cesse avec l’univers de Jacques Tati tout en multipliant les clins d’œil cinématographiques (Spartacus, Le Parrain…). Plutôt que de sombrer dans la violence et le démonstratif, le réalisateur préfère nous entrainer dans un univers acidulé fait d’une majorité de plans fixes d’une beauté ahurissante. Le travail sur les couleurs, sur la composition des plans (qui font la part belle aux fenêtres et aux portes) laisse sans voix. Avec en bonus une belle ironie.
Parvenant à divertir, à amuser, tout en dénonçant la détresse et l’injustice dont ont été victimes de nombreuses personnes, Le temps qu’il reste s’affiche comme une œuvre extrêmement maniaque et réfléchie. Une des plus belles mise en scène de l’année pour un long-métrage aussi profond qu’attachant.
Film sorti le 12 août 2009