Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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UN FILM DE CARY FUKUNAGA
Au Mexique, Casper (Edgar Flores) entraine le jeune Smiley (Kristian Ferrer) dans sa Mara (comprendre gang), la MS. Comme Casper, Smiley n’a pas vraiment de famille ni d’amis et il va trouver au sein de la Mara des gens sur qui compter, un groupe pour la vie. Mais dès son initiation, l’enfant comprend que son quotidien ne sera pas de tout repos. Dans le coin, la MS et la Mara 18 se livrent une guerre civile sans merci. Malheur à celui qui s’aventure sur le terrain de l’autre : les balles partent ici comme des claques. Fausse famille de substitution, La Mara est avant tout une organisation sans pitié qui punit sévèrement tous ceux qui ont le malheur de ne pas respecter ses ordres. Casper le sait mais, amoureux d’une jeune fille, délaisse ses missions de surveillance pour la MS. Son « chef » lui fera payer cela très cher.
Pendant ce temps, au Honduras, la jeune Sayra (Paulina Gaitan) retrouve son père et entreprend avec lui un voyage clandestin vers les Etats-Unis. American Dream encore et toujours…Un voyage qui va vite se révéler très dangereux : difficile de passer les frontières et la mort est parfois au rendez-vous. Le hasard va amener Casper et Sayra à se rencontrer. Une rencontre importante qui ne sera pas sans conséquences…
En cette année 2009 on aura finalement beaucoup parlé des Maras. Ces gangs sont plus que jamais au cœur de l’actualité alors que le réalisateur et photojournaliste Christian Poveda a été assassiné au Salvador récemment suite à son documentaire La vida loca (Sortie le 30 septembre, je bosse sur les RP du film donc j’en profite pour en parler un peu héhé). Cary Fukunaga a pour sa part préféré une approche fictionnelle mais très documentée sur l’enfer des gangs. On est directement pris dans cette vie de misère, sans espoir, où l’amour semble être la seule petite lumière. D’un côté le quotidien teinté de violence et de haine de Casper et la MS et de l’autre le voyage de Sayra. Deux jeunes qui ne savent plus très bien quelle est leur identité, leur place dans un monde pauvre et violent, un monde où les pauvres se déchirent, s’entretuent entre eux.

La réalisation n’en fait jamais trop, elle se révèle même assez subtile. Toutes les scènes prises à la gare ou sur le train sont fascinantes, on vibre aux côtés des deux personnages, on se sent impliqués. Le film de Cary Fukunaga ne tombe jamais dans la facilité ou le sensationnalisme. Chaque mort est montrée de façon froide, brutale, comme c’est le cas dans la vraie vie. Car il faut bien se dire que tout ce que l’on voit sur cet écran existe et est même pire dans la réalité. Pour ce qui est de la rencontre entre Casper et Sayra, là encore les clichés sont évités : pas de love story qui tombe du ciel, une attirance certaine certes mais qui sera loin de nous faire rêver, la cruelle réalité rattrapant les personnages.
Sin Nombre est aussi bien une plongée dans l’horreur des Maras que le portrait intimiste de deux ados avançant en se sentant toujours en sursis. Très cinématographique de par sa mise en scène sobre mais étudiée, très réaliste grâce à une documentation rigoureuse, et sensible grâce à une écriture sans fioritures : un premier film saisissant.
Sortie en salles le 21 octobre 2009
Film vu en avant-première grâce à Cinéfriends