Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

Crédit Photo : ARP
Des gars pas clairs attendent dans une ruelle. Ils ont pour mission de descendre Wo, un ancien camarade qui les a lâché du jour au lendemain. Il voulait s'exiler, offrir à sa femme et sa petite fille une vie nouvelle, normale. Mais maintenant on veut lui faire payer cette envie, et cher. Sa femme assure qu'il n'ya pas de Wo dans le quartier, les malfrats ne la croient pas. Et ils ont raison : leur cible finit par débarquer. Et c'est parti pour un "Gunfight" d'enfer. Stop. Les mecs décident de discuter : faut-il vraiment tuer Wo ? Certains sont liés amicalement à lui et culpabilisent déjà. D'autres sont prêts à appuyer sur la gachette. Finalement, Wo se retrouve entrainé dans une nouvelle mission à leurs côtés en attendant le verdict. Une affaire banale : un assassinat. Mais les choses tournent mal et la bande va être contrainte de s'exiler à son tour si elle veut échapper à des bad boys qui ne demandent qu'une chose : les zigouiller.
Dès les premières minutes, ça saute aux yeux : Johnnie To est un grand réalisateur. Ses fusillades sont époustouflantes et superbement chorégraphiées. Il n'hésite pas à aller dans la surenchère d'artifices mais on a pas envie de le lui reprocher tant c'est bon pour nos mirettes. Le western nouvelle génération est là, entre hommage et audace, pleins de désillusions aussi (exemple du policier qui ne pense qu'à sa retraite). Chaque combat est un pur bonheur, non dénué de second degré. Le film oscille entre scènes où l'on se tire dessus avec style et moments de cavale où l'on contemple le paysage et où l'introspection est de mise. Oui , rien à dire : dans la forme Exilé est une tuerie. Et dans le fond ? Pendant une heure on se dit que l'on est là pour assiter à un grand spectacle, un pop-corn movie de luxe où le scénario ne tient qu'à quelques lignes mais où l'efficacité règne. Et puis plus la pellicule tourne, plus on remarque en filigranes de plus grandes ambitions.
Exilé est aussi un film sur l'honneur, l'amitié et le destin. C'est le portrait d'une bande de brigands qui vivent dans l'urgence, qui ne pourront jamais être que des exilés. Ils acceptent des missions dangereuses , sont toujours en train de fuir et lorsqu'ils décident d'arrêter leur sale boulot, on les rattrape (c'est ce qui arrive à Wo). Condamnés à vie pour leur désir d'avoir toujours plus d'argent, toujours plus de respect. A un moment, ils s'interrogent : ils savent plus ou moins ce que vaut une tonne d'or mais que vaut une tonne de douleur, de désespoir ? Ils sont conscients que même s'ils ne sont jamais au même endroit, ils sont bloqués à jamais dans leur condition. Finalement, la seule chose qu'il leur reste c'est leur amitié, des souvenirs photographiés. Aussi beau et clinquant qu'on l'espérait et plus malin qu'on ne le pensait : Exilé est un film maitrisé qui brille d'abord par son emballage et ensuite par son contenu.