Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries, art) et futilités. Et aussi une sélection cinéma gay (Gay themed movies, films LGBT)

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UN FILM DE FRANCOIS GIRARD
Début des années 1860, Hervé Joncour (Michael Pitt) rencontre Hélène (Keira Knightley). Un amour pur se met en place : ils se marient et espèrent avoir des enfants. Hervé est pourtant très incertain face à son avenir, son père le forçant à s’engager dans l’armée. Par chance, on lui propose un travail qui le détournera des obligations imposées. Balbadiou (Alfred Molina), homme d’affaires averti, décide de se lancer dans le business de la soie. Mais le problème est que les vers à soie sont pourris dans pratiquement toute l’Europe. Le seul endroit où il existe des œufs ne donnant pas naissance à des vers morts, c’est le Japon. Un territoire lointain, encore inconnu, d'où bon nombre d’étrangers ne sont pas revenus. Hervé Joncour va accepter d’aller chercher des œufs là-bas, à ses risques et périls. Il s’en sort avec les honneurs, attirant la sympathie du japonais Hara Jubei. Mais voilà que la protégée de ce dernier, une chinoise aussi allumeuse que mystérieuse, drague ouvertement Hervé. Troublé, le jeune homme revient dans sa terre natale la tête ailleurs. Il découvrira plus tard que la chinoise lui a donné un mot indiquant « reviens ou je mourrai ». Le problème est que les voyages pour le Japon vont être de plus en plus périlleux, une guerre se mettant en place là-bas. Hervé Joncour ira-t-il braver le danger pour gagner le cœur de sa petite chinoise ? N’est-il donc plus du tout amoureux de sa femme Hélène qui désespère de ne pas tomber enceinte ? Est-ce le désir ou l’amour véritable qui le guide ?
J’ai bien aimé Soie et je suis apparemment le seul, la critique comme les blogueurs ayant enterré direct ce film faussement fleur bleue. Il y a certes des maladresses conséquentes : une voix off et une réalisation qui tentent un lyrisme à la Terrence Malick mais qui flirtent davantage avec un esprit publicitaire. On échappe d’ailleurs pas au film carte postale avec plans de paysages (sublimes tout de même) qui évoquent plus une promo pour un gel douche qu’une œuvre de cinéma. Et pourtant…Il règne dans ce film une ambiance morne. Hervé Joncour, le personnage principal, n’est pas très sympathique. Il trimballe son mal être, ne semble jamais vraiment satisfait. Il nous parle d’amour mais à l’image difficile de le sentir animé. Il voyage, il est toujours en fuite, volontairement ou malgré lui. Il voyage mais il ne regarde pas le paysage. Il préfère fantasmer sur la chinoise du coin, qu’il rêve en milieu aqueux.

Que sait-il de cette chinoise au juste ? Rien. Ils ne parlent pas la même langue, n’ont aucun échange si ce n’est des regards. Fantasme total. Elle est dans son imaginaire tout ce qu’il voudra bien qu’elle soit. Persuadé qu’il s’agit là de l’amour véritable, il en viendra à délaisser gentiment sa compagne et à risquer sa vie pour une inconnue. Geste immature et tragique qui montre bien jusqu’où les fantasmes d'un homme peuvent le guider. Le pire est qu’à un moment donné Hervé a en face de lui sa chinoise idéalisée et une autre asiatique. Il ne couchera pas avec la bonne. C’est le signe évident que cet homme se laisse guider essentiellement par ses pulsions et en oublie toute raison.
Plus le temps passe et plus tout fout le camp autour de notre anti-héros. Sa femme tombe malade, son retour au Japon semble impossible. Il doit désormais se confronter au monde réel et compter avec sa culpabilité. Toujours reléguée au second plan, Hélène est jouée de façon transparente par Keira Knightley. Pouvait-il en être autrement pour ce personnage tristement réel pour Hervé ? Pour cette idée d’exposer la faiblesse d’un homme incapable de voir la beauté réelle qu’il y a devant ses yeux, Soie est une œuvre assez passionnante. S’il parvient à garder au frais les œufs qu’il récolte du Japon (la chaleur entraine la pourriture), Joncour a du mal à résister à ses chaudes pulsions. Le bonheur est pourtant à portée de main : il suffit de cultiver son jardin avec la femme qui l’aime. Ce propos inattendu mérite bien de passer outre quelques excès de style et un académisme parfois lourd. Il suffit de se laisser porter par la superbe musique de Ryuichi Sakamoto. Plutôt qu’un voyage vers le Japon, Soie propose le voyage d’un homme face aux contradictions de l'amour et du fantasme puis face à la réalité et à lui-même. Emouvant.
Film sorti le 5 août 2009
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